Les professionnelles de l'APS, de la RTS, du quotidien Le Soleil et de la Maison de la Presse ont officiellement lancé, ce jour,l'Association des Femmes des Médias Publics (AFMP). Placée sous le thème « Leadership féminin et transformation des médias publics au Sénégal », la cérémonie a réuni autorités institutionnelles, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants du corps diplomatique.
L'idée de l'AFMP a germé le 8 mars 2024, lors de la Journée internationale des droits des femmes célébrée dans les locaux du quotidien national Le Soleil. Pour la première fois, les amicales des femmes de la RTS, de l'APS, du Soleil et de la Maison de la Presse s'étaient retrouvées avec l'appui de l'Union européenne et de l'Ambassade du Canada.
« Depuis ce jour, nous nous organisons et réfléchissons aux voies et moyens de donner une voix structurée à celles qui, chaque jour, informent la nation », a rappelé la présidente de l'AFMP, Matel Bocoum. Insistant sur la portée symbolique de la démarche, elle a déclaré : « Les femmes des médias publics ne sont pas seulement des visages ou des signatures ; elles sont les gardiennes du service public, les témoins de l'histoire de notre pays. » L'association entend structurer son action autour de trois priorités : le renforcement des capacités, la solidarité et le plaidoyer.
Sur la question de la formation, Matel Bocoum a évoqué une réflexion interne : « Notre doyenne Diatou Cissé Coulibaly posait une question pertinente : "Pourquoi est-ce uniquement les femmes qui doivent renforcer leurs capacités ? Et les hommes ?" » Avant de préciser : « Si nous insistons sur le renforcement des capacités, c'est parce que les femmes veulent être davantage présentes au sommet de la hiérarchie et disposer des outils nécessaires pour exceller dans un paysage médiatique en pleine mutation numérique. »
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Le second axe porte sur la solidarité, avec la mise en place d'un réseau de mentorat où « les aînées guideront les plus jeunes ». Quant au plaidoyer, l'AFMP entend « veiller à une meilleure représentativité des femmes aux postes de décision au sein des rédactions et des administrations ». « Ce combat pour l'excellence et l'équité ne se fera pas contre nos confrères masculins, mais avec eux. La pluralité des regards permet d'avoir une information équilibrée et représentative de notre société », a insisté la présidente.
Représentant la ministre en charge de la Francophonie, Magueye Touré, conseiller technique à la Présidence de la République, a salué une initiative alignée avec les priorités nationales et internationales. « Les médias sont un pilier de la démocratie », a-t-il affirmé, rappelant que l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) développe des programmes comme la « lutte contre le désordre de l'information », notamment contre « les infox ou fake news devenues un fléau ».
Il a également souligné que l'égalité femme-homme constitue « une priorité transversale qui irrigue tous les programmes de la Francophonie ». Avant de conclure : « Avec l'engagement, la détermination et la créativité dont font preuve les femmes, les objectifs de l'association seront atteints au bénéfice de toute la corporation. »
Le représentant de l'Union européenne, Jean-Marc Pisani, a, quant à lui ,qualifié le lancement de l'AFMP de « moment clé dans la valorisation du rôle essentiel que jouent les femmes dans le paysage médiatique sénégalais ». Il a rappelé qu'un an plus tôt, l'UE avait soutenu un panel sur les défis des femmes dans les médias : « C'est très encourageant, moins d'un an plus tard, de voir se concrétiser aujourd'hui la création de cette association. » Pour lui, « la diversité des perspectives enrichit notre compréhension du monde », un enjeu crucial dans le journalisme.
Il a aussi insisté sur la dimension technologique : « Il est essentiel que les femmes des médias soient à la table où ces technologies sont développées et déployées. » L'Union européenne continuera, a-t-il assuré, d'« encourager l'accès des femmes aux ressources, aux technologies et aux formations ».
La vice-présidente de l'Assemblée nationale a salué « une initiative forte, courageuse et nécessaire ». « Le leadership féminin n'est pas une option mais une exigence de transformation durable de nos institutions », a-t-elle déclaré, estimant que les femmes restent « insuffisamment représentées dans les sphères décisionnelles » malgré leurs compétences. Elle a encouragé l'association à devenir « un espace de solidarité et de mentorat, un levier de plaidoyer efficace et un moteur de changement structurel ».
Sous l'égide de la Francophonie, l'AFMP prévoit un cycle de mentorat croisé reliant jeunes reporters et figures emblématiques des médias. « Nous prévoyons, dès le mois de mars prochain, une série d'activités conjointes », a annoncé Matel Bocoum, saluant également la présence des vice-présidentes de l'Assemblée nationale et des femmes ambassadrices. À travers cette nouvelle structure, les femmes des médias publics ambitionnent de « transformer, proposer et inspirer », tout en consolidant le rôle stratégique du service public de l'information dans la démocratie sénégalaise.