Sénégal: Ce qui mine l'université Cheikh Anta Diop de Dakar

12 Février 2026

Le campus social de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar est fermé jusqu'à nouvel ordre. À l'origine des tensions actuelles, des problèmes structurels récurrents.

Le campus social de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar au Sénégal, est fermé jusqu'à nouvel ordre pour des raisons de sécurité. C'est l'une des mesures prises par la direction du Centre des OEuvres universitaires de Dakar (COUD), après les violences meurtrières de ces derniers jours.

Ces violences ont culminé lundi avec la mort d'un étudiant dans des circonstances encore non élucidées pendant une intervention policière sur le campus de cette prestigieuse université, créant l'émoi dans le pays. À l'origine des tensions actuelles, des problèmes structurels récurrents liés au calendrier universitaire, à la gestion des bourses et à la fermeture des restaurants universitaires.

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"Nous avons constaté que certaines réformes ont commencé à être appliquées avant d'être discutées avec nous. C'est pour cela que nous avons préféré quitter la table des négociations", explique Cheikh Ngom, président de la commission sociale de la coordination des écoles et instituts de l'UCAD. Cheikh Ngom ajoute que le refus de remettre en cause un avantage social, la bourse, a conduit les étudiants à déclencher des "journées sans tickets".

"Les journées sans tickets, ce sont des journées où l'étudiant mange sans payer. L'autorité a désapprouvé cette initiative et a fait intervenir les forces de l'ordre dans le campus social, d'où ont démarré les affrontements." Pour Mohamed Camara, étudiant en 2ème année de philosophie à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, "Jusqu'à présent, certains ont reçu les bourses, d'autres non. S'ils paient les bourses et laissent les restaurants fonctionner, le problème sera résolu."

Les bourses, une question sensible

La question des bourses reste en effet l'un des sujets les plus sensibles au sein des universités publiques sénégalaises, rappelle l'acteur politique Bara Ndiaye. Il évoque aussi d'autres facteurs structurels pour expliquer la crise actuelle.

"On peut évoquer l'instabilité du calendrier universitaire, où l'élasticité des années crée des chevauchements. On ne sait plus clairement à quelle année correspond l'octroi ou la validité d'une bourse. Ensuite, il y a la politisation. Est-ce que tous ceux qui perçoivent la bourse y ont vraiment droit ?"

Une interrogation également soulevée par le nouveau pouvoir. Selon l'analyste politique indépendant, Wendyam Lankoandé, la situation est rendue plus complexe encore par la fragilité des finances publiques, les réformes entreprises pour assainir l'université publique et le déploiement des forces de l'ordre dans l'enceinte de l'UCAD.

"Je crois que lorsqu'un problème social est traité prioritairement sous un angle sécuritaire, cela tend à durcir les positions et à alimenter la violence. Il faut poursuivre les discussions avec l'ensemble des parties prenantes", estime Wendyam Lankoandé. Avant la présidentielle de 2024, une partie des étudiants était sensible aux discours de rupture de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, alors dans l'opposition. Beaucoup ne s'attendaient pas à des réformes aussi rapides et aussi radicales une fois au pouvoir.

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