Sénégal: «Il y a eu un mort et les autorités veulent cacher les choses», dénonce un délégué étudiant à l'Ucad

Le gouvernement sénégalais a qualifié de « tragédie » la mort le 9 février 2026 d'un étudiant dans une grande université de Dakar qui provoque l'émoi dans le pays, reconnaissant des « actes de violence » des forces de défense et de sécurité lors de leur intervention sur le campus social de l'Ucad. Ils ont cependant justifié cette intervention par la radicalisation du mouvement qui y était en cours. Une réaction qui ne calme pas la colère de l'Amicale de la faculté de médecine où la victime suivait des cours de chirurgie dentaire.

Au Sénégal, la colère des étudiants ne retombe pas. Deux jours après la mort d'Abdoulaye Ba, en deuxième année de chirurgie dentaire à l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) de Dakar, tué lundi dans sa chambre du campus social.

La prise de parole du gouvernement mardi n'a rien calmé, selon un délégué de l'Amicale de la Faculté de médecine de l'Ucad. « Le but réel de ces arrestations, c'est juste de nous empêcher de parler et de dire la vérité à la population et à l'opinion internationale, lance Saliou Fall au micro de Lisa Villy. Ils essaient de nous intimider ».

« Il n'est plus question de parler avec le ministre de tutelle et le Premier ministre »

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Il rappelle : « Il y a eu mort d'homme et ils veulent cacher les choses. Ils veulent rendre justice à leur manière. Après ces annonces, vraiment, on est à bout. Il n'est plus question de parler avec le ministre de tutelle, ni avec le Premier ministre. Notre principal objectif, c'est de parler directement au président de la République, de se poser à une table de négociations. »

Saliou Fall assène, en référence au parti du Président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, qui était dans l'opposition avant 2024 : « Le combat de ce régime a été porté par les étudiants en majeure partie. Ils ont intérêt à ne pas faire durer la fermeture de l'université, ce qui n'arrange personne. Certains étudiants habitent au fin fond du Sénégal. Ils n'arrivent pas à rejoindre leur région parce qu'ils n'ont pas d'argent. Là, actuellement, ils sont dans les rues de Dakar, ils n'ont pas de quoi se nourrir. C'est nous, étudiants, qui faisons des quêtes pour leur venir en aide. »

L'amicale de la faculté de médecine demande aussi la libération de son président et de ses autres membres, arrêtés depuis lundi. L'amicale a recensé 40 blessés graves et 107 étudiants arrêtés, dont 5 représentants.

À l'origine de la colère des étudiants, un conflit qui dure depuis plusieurs mois autour du paiement de leurs bourses. Les propositions d'aménagement de la direction concernée n'ont pas convaincu. Des étudiants ont alors voulu organiser des « journées sans ticket », en refusant de payer l'accès aux restaurants universitaires, ce qui a entraîné leur fermeture et l'intervention des forces de l'ordre.

Les étudiants des universités sénégalaises protestent régulièrement ces dernières années contre des retards de paiement de leurs arriérés de bourse, des manifestations émaillées de heurts ponctuels avec la police. Les graves difficultés économiques auxquelles fait face le Sénégal depuis de longs mois plombent encore plus le quotidien de nombre de Sénégalais, en particulier les jeunes.

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