La Banque de Maurice (BoM) ne change pas de cap. À l'issue de la 77e réunion du Monetary Policy Committee (MPC), la première de 2026, la gouverneure Priscilla Muthoora Thakoor a annoncé le maintien du taux directeur à 4,5%. Une décision prise à l'unanimité, que la cheffe de la banque centrale justifie par la nécessité «d'assurer que l'inflation reste durablement proche du point médian de notre fourchette cible».
La banque centrale privilégie donc la stabilité. Le taux directeur, qui influence le coût du crédit dans l'économie, reste l'outil principal de régulation de l'inflation. En le maintenant inchangé, elle estime que la politique monétaire actuelle est suffisamment équilibrée pour contenir les pressions sur les prix sans freiner excessivement l'activité.
L'inflation globale a atteint 3,7% en 2025 et devrait se situer à environ 3,6% en 2026. Ces niveaux sont bien inscrits dans la fourchette cible de 2 à 5% fixée par la BoM. «L'inflation projetée se situe à l'intérieur de notre intervalle cible et très proche de notre objectif médian de 3,5%», a souligné Priscilla Muthoora Thakoor face à la presse hier après-midi. Elle insiste toutefois sur un point crucial : l'inflation sous-jacente, tirée par les services, reste élevée et pourrait ne commencer à se modérer que durant la seconde moitié de l'année, en l'absence de chocs externes.
Cette nuance est essentielle. Si les hausses de prix liées aux importations se sont atténuées grâce à une stabilité relative du taux de change et à l'absence de chocs externes majeurs, les pressions domestiques restent présentes. Ainsi, la BoM souligne l'importance «d'ancrer les anticipations d'inflation» car la crédibilité de la politique monétaire dépend de la confiance des ménages et des entreprises dans la capacité de la banque centrale à maintenir la stabilité des prix à moyen terme.
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Sur le front de la croissance, le ton se veut mesuré mais optimiste. L'économie mauricienne a progressé d'environ 3,1% en 2025 et devrait croître entre 3,3% et 3,5% en 2026. «L'économie domestique a fait preuve de résilience, soutenue par la forte performance du tourisme et la croissance soutenue des services financiers», explique Priscilla Muthoora Thakoor. Les arrivées touristiques ont atteint un niveau record et les recettes ont fortement progressé, contribuant à soutenir l'activité.
Défis internes
Le marché du travail montre également des signes d'amélioration, avec un taux de chômage tombé à 5,6%, son plus bas niveau en deux décennies. Toutefois, la gouverneure reste prudente. «L'équilibre des risques entourant les perspectives de croissance demeure orienté à la baisse», évoquant les tensions géopolitiques, la fragmentation du commerce mondial et les risques climatiques comme facteurs d'incertitude. La banque centrale doit également composer avec des défis internes, notamment la gestion de l'excès de liquidité dans le système bancaire.
«Nous continuerons à gérer activement les conditions de liquidité et à recourir aux opérations d'open market pour absorber l'excès structurel», affirme la patronne de la BoM. Cet exercice vise à garantir une transmission efficace de la politique monétaire et à éviter que l'abondance de liquidités ne se traduise par des déséquilibres.
Sur le plan externe, la situation reste sous contrôle. Les réserves internationales demeurent confortables, offrant une protection contre d'éventuels chocs. Les interventions sur le marché des changes ont diminué par rapport à l'année précédente, ce qui est signe d'une amélioration des conditions de marché, dit-elle.
Au final, la décision de maintenir le taux directeur à 4,5% reflète une stratégie de prudence et de crédibilité. Pour Priscilla Muthoora Thakoor, l'objectif reste clair : préserver l'ancrage des anticipations d'inflation tout en soutenant une croissance équilibrée et durable.