La réforme fiscale engagée par l'État doit accroître les ressources publiques, mais aussi garantir la justice sociale et la transparence. C'est le message porté par Abdou Aziz Kébé, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'UCAD. Il a dressé un diagnostic critique du dispositif actuel.
Plus d'une décennie après la réforme de 2012, le Sénégal affiche un taux de pression fiscale de 18 %, inférieur à la norme communautaire de 20 %. D'après Abdou Aziz Kébé, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), cela montre les difficultés à mobiliser efficacement les recettes.
Ce juriste, également membre de l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), estime que près de 70 % des recettes proviennent des impôts indirects sur la consommation, lesquels pèsent davantage sur les ménages modestes. « Cette configuration peut rendre la fiscalité régressive », a-t-il averti, hier, mercredi 11 février, lors d'une table ronde organisée par la plateforme Citoyens actifs pour la justice sociale (Cajust).
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M. Kébé a donc plaidé pour le renforcement des impôts directs, une meilleure contribution des entreprises et une rationalisation des exonérations, particulièrement dans les secteurs extractifs. L'universitaire considère d'ailleurs que la réforme fiscale engagée par l'État doit non seulement accroître les ressources publiques, mais aussi garantir la justice sociale et la transparence. Il appelle également à moderniser l'administration fiscale, à améliorer le recouvrement et à renforcer la transparence par la publication régulière des rapports sur les dépenses fiscales et la digitalisation des procédures.
« Une fiscalité juste et transparente est un levier de confiance citoyenne », a insisté Abdou Aziz Kébé. Du côté de la société civile, Astou Diop, chargée de projets à Cajust, a souligné la nécessité d'une participation accrue des acteurs non étatiques. « Une réforme qui ne prend pas en compte les communautés ne peut pas être inclusive », a-t-elle déclaré. Mme Diop a rappelé que plusieurs propositions ont été soumises au comité de pilotage chargé de la réforme du Code général des impôts, dont l'élargissement de l'assiette fiscale au numérique.