Sénégal: Pertes de maisons, effondrement d'infrastructures - Quand l'érosion côtière mène à la dérive économique

13 Février 2026

Maisons détruites, quais effacés, sites de transformation déplacés : l'avancée de la mer désorganise les revenus de milliers de familles vivant de la pêche artisanale au Sénégal. Alors que le président Bassirou Diomaye Faye a demandé, le 11 février, en Conseil des ministres, une évaluation précise de l'impact économique, environnemental et social du phénomène, les acteurs du littoral expriment leur désarroi.

À Bargny, sur la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert, dans le département de Rufisque, la mer ne grignote pas seulement le sable, elle ronge aussi les moyens de subsistance. Le vacarme des vagues a remplacé celui des activités du quai. Là où s'activaient mareyeurs, femmes transformatrices et charretiers, il ne reste parfois qu'une bande de plage amaigrie et des murs fissurés. Dans cette commune devenue l'un des symboles du drame de l'érosion côtière, chaque mètre de terrain perdu entraîne des dépenses nouvelles, des emplois fragilisés et des activités entières menacées. Au fil des années, le problème environnemental s'est transformé en véritable crise économique.

Cheikh Fadel Wade, directeur exécutif de l'Ong « Solidarité ci sutura » et coordonnateur de la Plateforme des acteurs pour une justice climatique, évoque des pertes directes pour les ménages. « Des concessions familiales ont été partiellement emportées par la mer. Les habitants ont dû partir dans l'urgence en abandonnant une partie de leurs biens. Beaucoup se retrouvent, aujourd'hui, en location avec des charges lourdes à supporter », déplore-t-il.

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À Bargny, le relogement signifie loyers mensuels, frais de transport et rupture brutale avec les activités traditionnelles. La pêche, le mareyage, la transformation du poisson et le petit commerce, qui faisaient vivre tout le quartier, se sont affaiblis. « Toute l'économie locale s'est contractée », résume Fadel Wade. Plus au nord, à près de 270 kilomètres de Dakar, Saint-Louis offre le même décor d'inquiétude. À la Langue de Barbarie, des quartiers ont été avalés par la mer. Les familles déplacées vers la commune de Gandon vivent désormais loin de leur principal outil de travail : l'océan. Daouda Fall, coordonnateur du Comité local de la pêche artisanale, joint au téléphone, décrit un quotidien plus coûteux et plus pénible. « Pour rejoindre la mer, ils doivent parcourir de longues distances, payer le transport et perdre du temps.

Cette perte de temps se transforme en perte d'argent », explique le pêcheur. Même la pêche est devenue plus chère. Le poisson se raréfie près des côtes, obligeant les pirogues à s'éloigner davantage. Plus de carburant, plus d'heures en mer, plus de risques pour des captures parfois moindres. « On passe plus d'heures en mer pour gagner moins », regrette M. Fall, voix encline d'amertume.

Des organisations de pêche tirent la sonnette d'alarme

À l'échelle nationale, les professionnels parlent d'une lente disparition des infrastructures. À Djiffer, Rufisque, Hann, Thiaroye ou Kafountine, quais et sites de débarquement sont menacés par l'avancée des vagues. Ibrahima Mar, coordonnateur du Réseau des comités locaux de la pêche artisanale, s'inquiète : « Chaque saison, des pirogues sont endommagées ou brisées par les vagues. Pour les propriétaires, ce sont des pertes financières considérables ».

Babacar Sarr, secrétaire général du Conseil interprofessionnel de la pêche artisanale (Conipas), évoque des effets en chaîne sur toute la filière. « Des quais disparaissent, des zones de débarquement sont déplacées et l'espace se réduit à cause de l'occupation du littoral. Cela complique le travail de tous les acteurs », déplore-t-il. Les plus impactés restent souvent les femmes transformatrices. Éloignées des sites de pêche, confrontées à des problèmes d'accès et de transport, elles voient la matière première se raréfier et leurs revenus baisser. Les mareyeurs, eux aussi, peinent à acheminer le poisson, certains camions ne pouvant plus atteindre les plages. Faute de données chiffrées consolidées, le coût exact demeure difficile à établir.

Mais, sur le terrain, personne ne doute de l'ampleur des pertes. L'érosion détruit progressivement une économie informelle qui nourrit des milliers de familles et participe à la sécurité alimentaire du pays.

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