S’il y a un pays en Afrique de l’Ouest qui s’est caractérisé ces cinq dernières années par un sentiment de grande stabilité, c’est bien le Bénin, malgré l’épineuse parenthèse du putsch manqué du 07 décembre 2025, qui d’ailleurs a été précédé dans la même année d’un autre « complot contre l’autorité de l’État » ayant impliqué deux des proches du Président Patrice Talon, à savoir Olivier Boko et Oswald Homeky, son ancien ministre des Sports, aujourd’hui lourdement condamné.
Pour certains analystes politiques, il faudrait situer toutes ces péripéties dans la lutte pour la succession de Patrice Talon, pour qui, c’est définitivement acté ; à la fin de son mandat, il n’en briguera pas un 3ème. En effet aujourd’hui c’est clair, le dauphin c’est Romuald Wadagni, son ministre de l’Économie et des Finances, qui a déjà reçu l’onction de la mouvance présidentielle, pour la prochaine présidentielle d’avril 2026.
L’un dans l’autre, la gouvernance de Patrice Talon n’a pas, il est vrai, été un long fleuve tranquille, et ce n’est pas le propre du Bénin, car les alternances ne se sont souvent pas faites sans soubresauts. Ces transitions n’ont pas à ce jour fait l’économie de fractures dans l’appareil au pouvoir avec des intensités variables certes ; le régime de Patrice Talon a, de ce point de vue, étalé un certain nombre de vulnérabilités qu’on a vite assimilées à des règlements de comptes.
Les élections législatives qui se sont soldées par une « razzia » de la mouvance présidentielle, ont révélé un autre pan du schéma de Patrice Talon, dans la perspective de la conservation du pouvoir, après que le principal parti de l’opposition, celui de l’ancien Président Yayi Boni « les Démocrates », a été exclu de la compétition pour des raisons liées, l’on se rappelle, à l’insuffisance de parrainage.
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Aujourd’hui les jeux sont clairs, la mouvance présidentielle plébiscitée au Parlement avec l’ensemble des 109 députés, a en toute cohérence plébiscité l’ancien Ministre de la Justice, Maître Joseph Djogbénou, leader du Parti l’Union Progressiste le Renouveau (UPR), tributaire de 60 sièges au Parlement, lors du dernier scrutin, est du coup hors de course pour la présidentielle, à supposer que son parti l’envisage.
Patrice Talon verrouille ainsi un potentiel concurrent de Romuald Wadagni, car on comprendrait difficilement que Me Djogbénou, à quelque encablure de la présidentielle, renonce au perchoir pour aller en compétition dont l’issue est très incertaine, du fait de la cassure que provoquerait une dispersion de candidats au sein de la mouvance présidentielle.
Il reste toutefois le cas de Abdoulaye Bio Tchané, leader du second grand parti de la mouvance (le Bloc Républicain) qui dispose de 49 députés, et dont la présence dans l’architecture de la future gouvernance tarde à se dessiner. Va-t-on vers un « triumvirat » Wadagni à la présidence, Djogbénou à l’Assemblée Nationale et Bio Tchané 1er Ministre, pour assurer le pilotage post-Talon sans difficulté ? D’ores et déjà, les observateurs pensent, sauf extraordinaire d’ici la présidentielle d’avril, à la lumière des derniers résultats et du poids des forces politiques en présence, que ce schéma est dans l’ordre du possible.