Afrique: À Addis-Abeba, le secteur privé au cœur de la transformation africaine

13 Février 2026

En marge du 39e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, prévu du 14 au 15 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie, le Forum de Haut Niveau du Secteur Privé Africain s’est tenu ce 13 février au siège de l’organisation continentale. Placée sous le thème « Le rôle du secteur privé dans la réalisation de l’Agenda 2063 pour le développement de l’Afrique », cette rencontre stratégique visait à positionner les acteurs économiques comme moteurs centraux de l’industrialisation, du commerce et de l’investissement sur le continent.

À cette occasion, le président de la Commission de l’Union africaine M. Mahmoud Ali Youssef a appelé à un dialogue franc et constructif entre l’institution et le secteur privé. Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agit nullement d’opposer les deux parties, mais d’envoyer un signal politique fort en faveur d’un partenariat renouvelé, capable de dépasser les blocages du passé.

Il a rappelé que l’Afrique dispose d’atouts considérables sur la scène internationale, notamment un secteur privé engagé, d’importantes ressources naturelles et une population jeune en forte croissance. Toutefois, ces potentialités demeurent insuffisamment exploitées. Le commerce intra-africain reste limité, la part du continent dans la production manufacturière mondiale demeure marginale et les structures économiques sont encore inadaptées aux exigences de la compétitivité globale.

Selon lui, la transformation passe par une meilleure organisation des régions, la structuration des chaînes de valeur et une gouvernance efficace permettant de mieux gérer les risques et d’attirer davantage d’investissements. S’inscrivant dans la vision de l’Agenda 2063, il a souligné la nécessité d’accélérer la transition structurelle des économies africaines, de renforcer l’intégration régionale et de créer un environnement politique et institutionnel propice à une prospérité durable.

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Malgré les défis persistants (pandémies, crises sanitaires, migrations et instabilité sécuritaire) il a appelé à l’innovation, à la mobilisation des talents africains et à un engagement collectif pour transformer le potentiel du continent en résultats concrets.

L’aviation, levier stratégique de transformation

Un panel de haut niveau consacré à l’agenda africain de l’industrialisation, du commerce et de l’investissement a mis en lumière les progrès réalisés dans des secteurs stratégiques tels que l’aviation, les infrastructures et l’investissement, tout en plaidant pour un changement de mentalité afin d’accélérer l’intégration continentale.

Le rôle du transport aérien a particulièrement retenu l’attention. Présentée comme le mode de transport le plus rapide et le plus sûr, l’aviation est apparue comme un levier indispensable pour connecter les populations, faciliter la circulation des biens et soutenir la croissance économique.

La représentante d’Ethiopian Airlines Group a souligné qu’en dépit de sa superficie et de sa démographie dynamique, l’Afrique représente moins de 3 % du trafic aérien mondial. Une situation jugée disproportionnée au regard du potentiel du continent.

Elle a rappelé que la mise en œuvre du Marché unique du transport aérien africain (SAATM), inspirée par la Zone de libre-échange continentale africaine, vise à libéraliser le ciel africain pour stimuler l’intégration économique. Cinq priorités structurent cette stratégie : l’accessibilité des marchés, le renforcement de la connectivité entre les villes africaines, l’accessibilité tarifaire, la durabilité environnementale et le développement des capacités humaines.

Des avancées notables ont été enregistrées. La connectivité intra-africaine est passée de 14 % en 2022 à 23 % aujourd’hui, et 38 pays ont adhéré au marché unique. Toutefois, le protectionnisme et les réticences politiques à ouvrir pleinement les marchés demeurent les principaux obstacles.

L’Éthiopie, vitrine d’un pragmatisme économique

Intervenant à son tour, Son Excellence Brook Taye, Chief Executive de l’Ethiopian Investment Holdings, a présenté les performances économiques de l’Éthiopie. Le pays affiche une croissance annuelle révisée à 10,2 % et a doublé en cinq ans son PIB, son revenu par habitant ainsi que sa capacité énergétique. Les exportations ont franchi le seuil historique des 8 milliards de dollars.

Au cœur de cette dynamique figure le succès d’Ethiopian Airlines, devenue la première compagnie aérienne du continent avec un chiffre d’affaires de 8,2 milliards de dollars et plus d’un milliard de bénéfices. Un nouvel aéroport, représentant un investissement de 12 milliards de dollars, est en construction et devrait à terme accueillir jusqu’à 100 millions de passagers par an.

Selon lui, cette réussite repose sur une gouvernance pragmatique consistant à accorder une autonomie opérationnelle aux entreprises stratégiques, tout en adoptant des politiques économiques efficaces, indépendamment des considérations idéologiques.

Industrialisation et vision stratégique

L’entrepreneur égyptien Mohamed Aboul Enein, fort de quarante années d’expérience, a insisté sur la nécessité d’une vision continentale claire. Évoquant l’expérience de l’Égypte, il a souligné que le développement du secteur privé et l’attraction des investissements étrangers ont reposé sur des réformes législatives solides et une stratégie industrielle cohérente.

Pour lui, l’Afrique doit cartographier ses priorités industrielles, structurer des partenariats technologiques et mieux valoriser ses matières premières. Il a également mis en garde contre le risque d’un nouveau retard technologique si le continent ne s’approprie pas pleinement les technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle.

Financement, jeunesse et intégration

Les intervenants ont enfin souligné l’importance du financement structuré et de la formation des jeunes talents africains, en particulier dans les secteurs technologiques et maritimes. Des mécanismes existent, mais leur efficacité dépend d’une meilleure coordination et de la mise en place d’outils continentaux, notamment une base de données d’ingénieurs et d’entrepreneurs capables de porter des projets structurants.

Malgré les défis liés aux infrastructures, à la fragmentation réglementaire et au déficit technologique, un message commun s’est dégagé : les obstacles doivent être transformés en opportunités.

En conclusion, le panel a lancé un appel clair à l’unité économique du continent. L’ouverture des marchés, l’harmonisation des réglementations et l’alignement autour d’une vision commune apparaissent comme des conditions essentielles pour faire de l’Afrique un pôle majeur de croissance mondiale. Dotée d’une population jeune et dynamique ainsi que de ressources considérables, l’Afrique dispose des atouts nécessaires pour réussir, à condition d’agir collectivement et avec détermination.

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