Afrique: Entrepreneuriat, santé, mines - Les piliers d'un continent en mutation

Forum de Haut Niveau du Secteur Privé Africain tenu le 13 février au siège de l’Union Africaine à Addis Abeba, en Ethiopie.
14 Février 2026

Lors du deuxième dialogue du Forum de Haut Niveau du Secteur Privé Africain qui s'est tenu ce 13 février au siège de l'Union Africaine à Addis Abeba en Ethiopie, les échanges ont mis en lumière trois défis majeurs du continent notamment la survie des startups, la crise des systèmes de santé et la valorisation stratégique des ressources minières africaines.

Former pour faire survivre les startups

Intervenant sur la question de l'accompagnement des jeunes et des femmes entrepreneures, Mme Yolanda Asumu, fondatrice d'Icubefarm, une plateforme en ligne gratuite dédiée au recrutement en Guinée équatoriale, a rappelé une réalité préoccupante : de nombreuses startups disparaissent trois à quatre ans après leur création.

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Pour illustrer son propos, elle a comparé le développement des talents africains à une pluie bienfaisante : « Peu importe d'où vient la goutte de pluie, nous bénéficions tous de la pluie. »

Selon elle, l'Afrique regorge de talents, mais ceux-ci ne sont pas suffisamment structurés, formés ni connectés à l'échelle continentale. À travers sa plateforme Icubefarm, elle propose de standardiser les procédures de formation afin de faciliter la montée en compétences, de digitaliser le recrutement pour favoriser la mobilité des talents africains et de mettre en place des formations aux compétences fondamentales telles que la finance, le marketing et la gestion, indispensables aux jeunes entrepreneurs, notamment aux femmes.

Son message au Conseil des affaires africain est clair : la création de plateformes continentales de formation permettrait de mutualiser les compétences, d'accélérer la croissance des entreprises et de stimuler la création d'emplois.

Santé : « 30 000 Africains meurent prématurément chaque jour »

Le ton s'est intensifié avec l'intervention du professeur Khaled Dabees, président du projet continental de santé Ultra Elaj, qui a dressé un tableau alarmant de la situation sanitaire en Afrique.

S'appuyant sur les données de l'Organisation mondiale de la santé, il a rappelé que 10,5 millions d'Africains meurent prématurément chaque année, soit environ 30 000 décès par jour, principalement dus aux maladies cardiovasculaires et aux cancers.

Selon lui, le problème central réside dans le déficit massif d'équipements diagnostiques. Plusieurs pays disposent de moins d'un appareil d'IRM par million d'habitants. Quarante-trois pays sur cinquante-cinq ne possèdent pas de PET-scan. La couverture en imagerie diagnostique oscille entre 2 % et 8 % selon les régions, tandis que la pénurie de cardiologues, radiologues et techniciens spécialisés demeure critique.

Face à cette situation, il a présenté le projet « Ultra Africa Health », visant à installer 1 000 centres d'imagerie diagnostique, créer 200 centres de radio-oncologie et développer 300 centres cardiaques à travers le continent. Le programme prévoit également la formation massive de médecins et de techniciens ainsi que l'intégration de solutions d'intelligence artificielle et de télémédecine.

L'objectif annoncé est ambitieux. Il s'agit de sauver entre 8 et 9 millions de vies lors de la première phase du programme et porter progressivement la couverture diagnostique à un niveau comparable aux standards internationaux.

Mines : le vrai problème, c'est l'implémentation

Prenant la parole sur la question minière, M. Samba Bathily, président d'ADS Solutions, a recentré le débat sur un constat récurrent : « Nous faisons des réunions, nous parlons des problèmes, nous parlons des solutions. Le vrai problème en Afrique, c'est l'implémentation. »

Selon lui, l'Afrique ne doit plus se contenter d'exporter des matières premières brutes. La transformation structurelle passe par une stratégie de spécialisation fondée sur les avantages comparatifs de chaque pays.

Il préconise d'identifier pour chaque État un secteur stratégique prioritaire, de développer des hubs régionaux spécialisés dans l'énergie, l'agriculture, le tourisme, l'industrie ou la logistique, et d'harmoniser les cadres réglementaires afin de garantir prévisibilité fiscale et attractivité pour les investisseurs. Il appelle également à mobiliser les champions africains aux côtés des partenaires internationaux pour structurer des chaînes de valeur compétitives.

Au-delà des politiques publiques, il insiste sur la nécessité d'un changement de mentalité et d'un patriotisme économique renforcé, invitant à investir, consommer et former davantage en Afrique.

Passer de la parole à l'action

Au-delà des secteurs abordés, un fil conducteur s'impose : la nécessité de structurer, coordonner et surtout exécuter les décisions prises.

Le dialogue a identifié plusieurs priorités stratégiques pour accélérer l'industrialisation et l'intégration économique du continent. Il s'agit notamment de renforcer les écosystèmes manufacturiers et les chaînes de valeur régionales, de promouvoir des zones économiques spéciales transfrontalières afin d'harmoniser la production et de mieux exploiter le capital humain, et de développer des programmes régionaux pour intégrer les fournisseurs locaux dans les chaînes industrielles des minerais stratégiques et de la transition énergétique.

Les participants ont également plaidé pour la création d'un fonds africain dédié aux minerais critiques, l'investissement dans l'intelligence artificielle stratégique, la réduction de la fracture énergétique entre zones rurales et urbaines, le développement des infrastructures logistiques et aériennes, ainsi que l'alignement de l'éducation et de la formation sur les besoins industriels et numériques. La production pharmaceutique locale et la souveraineté alimentaire figurent également parmi les priorités mises en avant.

Pour clore la cérémonie, Son Excellence Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire de l'Union africaine en charge du Développement économique, du Commerce, du Tourisme, de l'Industrie et des Mines, a rappelé que l'Agenda 2063 n'est pas une simple déclaration d'intentions, mais un plan structurant de transformation pour l'Afrique. Elle a souligné que sa réussite dépendra de la capacité collective à soutenir une croissance tirée par le secteur privé, dans un contexte marqué par une forte croissance démographique, un déficit d'emplois et des besoins considérables en infrastructures.

Elle a présenté cinq axes stratégiques prioritaires : améliorer l'accès au financement, atténuer les risques financiers, renforcer l'effet de levier par le cofinancement, accélérer l'intégration régionale et valoriser les atouts fondamentaux du continent, notamment ses ressources naturelles et ses terres arables.

En conclusion, elle a insisté sur le rôle central du secteur privé dans la mise en œuvre de l'Agenda 2063, soulignant que son engagement demeure essentiel pour générer une croissance durable et créer des opportunités pour la jeunesse africaine.

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