L'Université de Bondoukou a accueilli, du mardi 10 au jeudi 12 février 2026, un important colloque scientifique international consacré à la critique d'art et à la création contemporaine en Afrique. Organisée par l'Unité de formation et de recherche des sciences des arts, des industries culturelles et de la communication (UFR SAICC), cette rencontre s'est tenue autour du thème : « Repenser la critique d'art : regards sur la création contemporaine en Afrique ».
Pendant trois jours, enseignants-chercheurs, critiques d'art, artistes, journalistes, étudiants et acteurs culturels se sont retrouvés avec une ambition commune : repenser les pratiques critiques africaines à partir des réalités sociales, historiques et culturelles du continent.
Cette rencontre académique, marquée par une forte participation nationale et internationale, confirme la montée en puissance de l'Université de Bondoukou comme un pôle émergent de réflexion et d'innovation dans le domaine des arts visuels et de la médiation culturelle.
Une ouverture solennelle sous le sceau de l'excellence universitaire
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La cérémonie d'ouverture, tenue dans la salle de conférence de 600 places de l'université, s'est déroulée en présence des autorités administratives, universitaires et partenaires institutionnels.
Le président de l'Université de Bondoukou, le professeur Djakalia Ouattara, a souhaité la bienvenue à l'ensemble des participants, tout en exprimant sa gratitude aux enseignants, panélistes et chercheurs invités.
Dans son allocution, il a salué la présence distinguée du professeur Roger Somé, enseignant-chercheur à l'Université de Strasbourg (France), ainsi que celle de plusieurs universitaires et spécialistes venus enrichir les échanges.
Le professeur Ouattara a insisté sur l'importance de ce colloque, qui contribue au rayonnement de l'institution et renforce son positionnement comme un espace majeur de production du savoir dans les domaines de l'art, de la culture et de la pensée critique.
Représentant les autorités préfectorales, le secrétaire général de préfecture a également exprimé sa satisfaction de voir la région accueillir une activité internationale de cette envergure, soulignant que Bondoukou devient progressivement une école majeure de réflexion et d'innovation culturelle.
Une leçon inaugurale portée par l'ambition de réécrire l'histoire de l'art africain
Moment fort de cette première journée, la leçon inaugurale a été prononcée par le professeur Roger Somé, professeur des universités en ethnologie à l'Université de Strasbourg, spécialiste de l'anthropologie de l'art, de l'esthétique, de la muséologie, du patrimoine et de la mondialisation.
Créateur du master professionnel « Muséologie : patrimoines » à Strasbourg, il a développé, dans une intervention saluée par l'assistance, une réflexion profonde sur le renouveau de la critique d'art africaine.
Selon lui, l'Afrique doit désormais prendre part activement à la réécriture de l'histoire de l'art, en construisant des cadres critiques autonomes, capables d'intégrer la dimension sociale, identitaire et culturelle des créations contemporaines africaines.
Il a ainsi appelé les chercheurs et critiques à dépasser les modèles importés pour mieux saisir les logiques internes des pratiques artistiques africaines.
Panels scientifiques : Aboudia, corps remodelé, numérique et patrimoine au coeur des débats
Les travaux scientifiques ont été rythmés par plusieurs communications de haut niveau, portant notamment sur la redéfinition de la notion de critique d'art en Afrique, les relations entre théorie et pratique artistique, ainsi que le positionnement du discours critique face à la création contemporaine.
Le professeur Addack-Kouassi, historien de l'art et directeur académique, a présenté une analyse critique des oeuvres du célèbre artiste ivoirien Aboudia, insistant sur la saturation visuelle, la disposition des personnages et la force expressive de sa démarche créatrice. Pour lui, le rayonnement international de l'artiste justifie pleinement l'intérêt que lui porte la critique contemporaine.
Par ailleurs, à 10h20, Dr Sasso Sidonie Calice Yapi, enseignante-chercheure en sociologie à l'Université Virtuelle de Côte d'Ivoire (UVCI) et maître-assistante en sociologie de la santé, a livré une communication remarquée intitulée : « BBL et corps remodelé : représentations sociales de la santé dans l'art contemporain africain ».
À travers cette contribution, la chercheure a analysé la manière dont les transformations corporelles, notamment à travers le phénomène du BBL (Brazilian Butt Lift), s'inscrivent dans les imaginaires sociaux africains contemporains. Elle a mis en lumière la façon dont l'art africain actuel interroge les normes esthétiques, les injonctions sociales autour du corps, ainsi que les perceptions modernes de la santé et du bien-être. Son intervention a ouvert un débat riche sur les liens entre pratiques artistiques, constructions sociales du corps et mutations culturelles en Afrique.
De son côté, Dr Sézito David Maho a exploré la critique d'art à l'ère numérique. Sa communication a mis en lumière le potentiel des plateformes digitales comme nouveaux espaces de production et de diffusion du discours critique en Afrique.
Le Dr Zakarihou Alhousseini, critique d'art et ingénieur culturel, a proposé une réflexion sur la nécessité de décoloniser la critique d'art africaine en l'associant au patrimoine culturel, non pas comme un héritage figé, mais comme une ressource évolutive et dynamique, à partir d'expériences menées au Mali, au Niger, au Bénin et au Sénégal.
Archives, formation et geste créateur : repenser la critique depuis l'intérieur
La deuxième journée a permis d'approfondir les échanges autour des enjeux méthodologiques et pédagogiques liés à la formation en critique d'art.
Les enseignants-chercheurs Dr Koffi et Dr Kouao Valéry ont souligné que la formation à la critique d'art demeure un enjeu central dans les universités africaines, notamment dans les filières d'architecture et d'arts visuels.
Le Dr Ouattara Adama, spécialiste en sciences de l'information documentaire, a insisté sur la place essentielle des archives dans la sauvegarde de la mémoire artistique, plaidant pour la mise en place de politiques d'inventaire et de centres dédiés à l'archivage critique.
Une autre contribution marquante s'est articulée autour du masque africain, envisagé non seulement comme objet esthétique, mais aussi comme problématique théorique invitant à repenser la critique depuis l'intérieur du geste créateur.
Performances artistiques et recommandations fortes
Au-delà des communications, le colloque a offert une immersion artistique à travers des expositions d'étudiants et des performances, notamment celle du Dr Amani Désiré, qui a transporté le public dans un voyage symbolique entre visible et invisible.
Le colloque s'est achevé le 12 février par le vernissage d'une exposition d'art contemporain africain sur le campus, établissant un lien fécond entre réflexion théorique et pratiques artistiques.
À l'issue des travaux, plusieurs recommandations ont été formulées, notamment :
la création d'un centre d'archivage pour la critique d'art en Côte d'Ivoire ;
le renforcement des approches transdisciplinaires ;
l'intégration de modules de critique d'art dans les curricula universitaires ;
la promotion d'une critique africaine plurielle, décolonisée et ancrée dans les réalités locales.
Le président de séance a félicité les panélistes et déclaré clos les travaux dans une atmosphère de satisfaction générale.
À travers cette initiative, l'Université de Bondoukou entend contribuer durablement à la structuration du champ de la critique d'art en Afrique. Et à la formation d'acteurs culturels capables d'accompagner les dynamiques de la création contemporaine.