Dix ans après sa création, le Cocody rugby Abidjan club (Crac) s'est imposé comme un acteur majeur du rugby ivoirien. Fondé en 2016, le club a célébré, en janvier dernier, une décennie d'existence placée sous le sceau de la structuration, de la formation et de l'ambition. Le patron du club revient ici sur le parcours du club, ses succès, ses frustrations et sa vision.
Si vous deviez résumer ces dix années en un mot, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?
La vision. Dès le départ, notre ambition était claire : développer et promouvoir la pratique du rugby en Côte d'Ivoire. Nous avons toujours voulu rester concentrés sur cette discipline, notre passion, sans nous disperser. C'est cette fidélité à notre vision initiale qui nous a permis de grandir et de structurer un club capable, aujourd'hui, de mener de nombreuses activités. Dix ans après, le Crac existe, s'impose et continue de progresser.
Quels sont vos objectifs pour 2026 ?
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Des titres. Le championnat national de rugby à 15, masculin et féminin, ainsi que le championnat national de rugby à 7, masculin et féminin : nous visons quatre titres. Nous voulons également réussir la 10e édition du Tournoi national du Crac et continuer à fédérer une communauté autour du rugby.
À long terme, quelle ambition nourrissez-vous ?
Être une vitrine internationale du rugby ivoirien. Organiser des rencontres interclubs africaines, à l'image d'une ligue continentale. Nous avons déjà accueilli des équipes sénégalaises ainsi que l'Académie du Stade Toulousain. Le rayonnement international est une réalité que nous souhaitons amplifier.
Qu'est-ce qui vous rend le plus fier dans le parcours du Crac, sur les plans sportif et humain ?
Vous avez raison de distinguer les deux. Mais pour nous, l'humain prime avant tout. Des centaines de jeunes sont arrivés enfants ou adolescents ; ils sont aujourd'hui adultes. À travers le rugby, ils ont acquis confiance et discipline. Beaucoup ont poursuivi des études, intégré des formations professionnelles ou trouvé un métier. Même s'ils ne deviennent pas joueurs professionnels, ils deviennent des citoyens outillés, capables d'affronter la réalité du monde. C'est notre plus grande fierté.
Quels sont vos plus grands succès... et vos échecs ?
Notre plus grand succès est d'être devenu un club complet : une école de rugby d'environ 130 enfants âgés de 6 à 16 ans ; une équipe senior masculine vice-championne de Côte d'Ivoire et championne nationale de rugby à 7 en 2022 ; une section féminine compétitive ; ainsi que des projets structurants, à l'image du Tournoi national du Crac, qui réunit chaque année près de 1 000 enfants. La 10e édition se tiendra en avril 2026.
Est-ce la seule compétition que vous organisez ?
Nous avons également lancé un tournoi régional à Bouaké, accueilli l'Académie du Stade Toulousain et noué un partenariat avec le New York Rugby club. Notre réussite réside dans cette diversité : Ivoiriens, expatriés, jeunes, seniors, partenaires et sponsors.
Les échecs...
Nos échecs sont d'ordre sportif. Être vice-champions, chez les hommes comme chez les femmes, sans soulever le trophée, génère une frustration. Mais le sport est ainsi fait. Cette saison, avec une manageuse, ancienne internationale canadienne, et un manager sportif, Arnaud Beaumois, pour les hommes, nous irons à la conquête des titres.
En quoi le Crac est-il différent des autres clubs ?
Nous avons construit une identité forte. Un club, c'est un blason, des valeurs et des règles. Comme au FC Barcelone ou au Real Madrid, le blason se respecte. Nous avons posé un socle solide et une stratégie claire à laquelle chacun doit adhérer. Cette exigence nous distingue et garantit notre pérennité.
À quel niveau placez-vous le Crac dans la dynamique africaine du rugby ?
Nous croyons fortement au rugby à 7, qui offre un potentiel considérable en Afrique, et particulièrement en Côte d'Ivoire. Ce format exige explosivité, vitesse et technicité, avec des moyens plus accessibles. J'invite la fédération à investir davantage dans cette discipline, car il est difficile de développer simultanément le rugby à 7 et le rugby à 15 avec des ressources limitées.
Quel regard portez-vous sur le rugby ivoirien ?
La Côte d'Ivoire est un grand pays, capable de déplacer des montagnes lorsque la vision et le leadership sont au rendez-vous. Or, le rugby n'évolue pas assez vite. Il faut une volonté politique forte, un plan stratégique sur cinq ou dix ans, des ressources clairement identifiées et une implication accrue du secteur privé. Le rugby est le troisième sport le plus regardé au monde lors de sa Coupe du monde. C'est un sport mondial, déjà ancré dans notre tradition scolaire et universitaire. Le socle existe, il faut désormais des décisions fortes.