Madagascar: Récit d'une nuit sous la fureur du cyclone Gezani

14 Février 2026

Les habitants de Toamasina, principale ville portuaire de Madagascar, ne sont pas prêts d'oublier la nuit du 10 au 11 février car lorsque le cyclone Gezani a touché terre, la ville s'est retrouvée, en quelques heures, plongée dans le chaos, laissant derrière lui un lourd bilan humain.

Veuve et mère d'enfants nés d'un père mauricien, la Sino-malgache Valérie Cheung Gunganah est installée à Toamasina depuis maintenant dix ans. Elle raconte une nuit où la peur s'est invitée sans prévenir. Tout a commencé en début de soirée. Vers 18 heures, le vent s'est levé. D'abord fort, puis il s'est intensifié, devenant de plus en plus violent. Jusqu'aux alentours de 23 heures, les rafales ont battu les habitations. Puis, soudainement, un calme presque irréel s'est installé pendant une trentaine de minutes. C'était un faux répit. «On pensait que le plus dur était passé», relate-telle. Mais le cyclone est revenu avec une force encore plus terrifiante.

Dans la résidence où elle vit, qui comprend une quarantaine d'appartements et de villas faisant face à la mer, les constructions pourtant pensées pour résister aux intempéries, ont commencé à céder. Les grandes baies vitrées ont éclaté sous la pression du vent. Les volets ont été arrachés et emportés. «Nous sommes allés nous cacher dans une pièce un peu plus sûre. Nous n'étions que trois dans la villa, avec mon fils de deux ans, qui était terrorisé. J'ai vraiment eu peur.»

Comme beaucoup d'habitants, elle avait pourtant pris ses précautions. Elle avait fait des réserves en nourriture, avait sécurisé la maison mais rien ne laissait présager un cyclone d'une telle intensité. «Ce n'est qu'à la dernière minute que nous avons appris que les vents seraient bien plus puissants que d'habitude. Nous n'étions pas préparés à cela.»

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La nuit lui a semblé interminable. À l'extérieur, tout n'était que désordre. À l'intérieur, les gens se terraient, impuissants. Ce n'est qu'à l'aube que Valérie Cheung Gunganah a osé sortir. Et ce qu'elle a découvert dépassait tout ce qu'elle avait pu imaginer. Les arbres étaient déracinés, les murs ceinturant les habitations s'étaient effondrés, les voitures étaient bloquées et il y avait des débris partout. Il a fallu 48 heures pour déblayer la cour de la résidence et parvenir à en sortir. «Nous avons dû utiliser des haches et des scies pour tronçonner les arbres et dégager le chemin. Tout était ravagé.»

Le choc a été d'autant plus grand pour les plus anciens habitants de la ville qui disent n'avoir jamais vu un tel désastre. «J'ai des employés qui vivent ici depuis plus de 40 ans et ils n'ont jamais vu ça.»

Le bilan humain est lourd : au moins 40 morts et quelque 250 000 personnes affectées ou déplacées, selon les autorités. Des quartiers entiers ont été privés d'électricité, des routes coupées compliquent l'accès aux soins, à la nourriture et au carburant. Dans certaines zones, des maisons se sont tout simplement effondrées.

«Toamasina est méconnaissable... horrible. L'une des plus belles villes de Madagascar est aujourd'hui un chaos.» Et pourtant, quelques jours après la catastrophe, le ciel affiche un calme presque déroutant. «Ce vendredi (Ndlr: hier), le temps est magnifique. Le soleil est là. Rien n'indique qu'un cyclone vient de nous passer dessus.»

Derrière cette apparente accalmie, la réalité est toute autre : la reconstruction s'annonce longue. Très longue. Certains responsables estiment déjà qu'il faudra des années pour rebâtir les infrastructures détruites...

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