Depuis sa nomination à la direction du Musée des Civilisations Noires, le professeur Mouhamed Abdalah Ly a engagé une réorientation stratégique de l'institution. Un an après son installation, les indicateurs témoignent d'une progression notable, tant sur le plan financier que sur celui de la fréquentation et des activités scientifiques et éducatives.
En 2025, les recettes propres du musée se sont établies à 353,9 millions de francs CFA, soit une hausse de 148 % par rapport à 2024. Cette augmentation s'explique principalement par la progression des revenus issus des visites, de la location d'espaces et par l'introduction de produits dérivés. Ces performances traduisent une volonté de diversification des ressources et de consolidation de l'autonomie financière de l'établissement.
La fréquentation a dépassé 50 000 visiteurs sur l'année, portée par une politique tarifaire orientée vers l'accessibilité, notamment en direction des publics scolaires, qui ont représenté plus de 19 000 entrées. Le 24 mai a constitué la journée de plus forte affluence, avec près d'un millier de visiteurs enregistrés.
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Sur le plan culturel et scientifique, l'année 2025 a été marquée par une programmation thématique consacrée aux femmes noires, à travers plusieurs expositions valorisant leurs parcours et leurs productions artistiques et intellectuelles. Par ailleurs, le musée a organisé ou accueilli des manifestations scientifiques et commémoratives à l'occasion des centenaires de Frantz Fanon, Malcolm X et Patrice Lumumba, ainsi que des activités dédiées à la mémoire du massacre de Thiaroye (1944).
L'ensemble de ces initiatives traduit une orientation combinant gestion financière renforcée, ouverture au public et engagement mémoriel et scientifique.
Un pôle scientifique et éducatif dynamique
Le MCN s'est affirmé comme un espace de production et de diffusion des savoirs. Plusieurs colloques internationaux s'y sont tenus : Le Congrès international des anthropologues et archéologues noirs, la Rencontre internationale Savoirs, Idées, Réseaux, Archives (SIRA), le Colloque sur les savoirs endogènes et la Conférence Le Muntu en mouvement.
Sur le plan éducatif, le musée a multiplié les initiatives « hors les murs », intervenant dans les écoles de Dakar, Thiès et Yeumbeul, et organisant des ateliers pédagogiques autour de Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon et de l'histoire de Thiaroye. Une attention particulière a été portée aux publics jeunes, scolaires et étudiants, mais aussi aux détenus de la Maison d'Arrêt de Hann, dans une logique d'inclusion et de réinsertion par la culture.
Formation et professionnalisation des équipes
Le MCN a investi dans la formation de son personnel, avec le recrutement de médiateurs bilingues, la mise en place de modules de formation à la médiation culturelle, et l'accueil de 33 stagiaires dans divers domaines. Le dialogue social a été renforcé avec l'élection des délégués du personnel, une première dans l'histoire de l'institution.
Un hackathon sur la digitalisation de l'expérience muséale a été organisé, attirant plus de 220 projets. Parallèlement, le MCN a accueilli de nombreuses visites diplomatiques de haut niveau et consolidé des partenariats internationaux, confirmant son rôle de pivot culturel et diplomatique du Sénégal.
Sous l'impulsion du Pr Mouhamed Abdalah Ly, le Musée des Civilisations Noires a retrouvé une vitalité et une visibilité remarquables. La stratégie des 5D (démocratisation, décolonisation, dynamisation, digitalisation, diversification) porte ses fruits. Avec une fréquentation en hausse, une programmation audacieuse, un ancrage scientifique solide et une ouverture résolue vers tous les publics, le MCN s'affirme plus que jamais comme une institution phare du paysage culturel africain et un espace de liberté, de mémoire et d'avenir.
Le Musée des Civilisations Noires de Dakar, un ambassadeur culturel en première ligne :
À l'approche du 60e anniversaire du Festival mondial des Arts nègres, le Musée des Civilisations Noires dresse un bilan jugé satisfaisant de l'exercice 2025. Selon son rapport d'activité, l'institution confirme son positionnement non seulement comme espace muséal, mais également comme plateforme de diplomatie culturelle et de coopération entre pays du Sud.
Inauguré en 2018, le musée a accueilli en 2025 plusieurs visites officielles de haut niveau, parmi lesquelles celles de Francia Márquez, de Mariam Chabi Talata, du président cap-verdien José Maria Neves et du ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty. Certaines missions diplomatiques, notamment celles de la Chine et de l'Égypte, ont également choisi le musée comme cadre pour la célébration de leurs fêtes nationales, renforçant ainsi sa visibilité institutionnelle.
Sur le plan de la fréquentation, le MCN a enregistré 49 308 entrées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2025, un volume proche de 50 000 visiteurs si l'on inclut les visites officielles et les gratuités. Le pic annuel a été atteint le 24 mai, avec 978 visiteurs en une journée.
Les publics scolaires constituent une part importante de cette fréquentation, avec 19 408 entrées recensées. La direction souligne le renforcement des partenariats avec les établissements d'enseignement pour favoriser cette dynamique.
Par ailleurs, le service de médiation a été consolidé par le recrutement de médiateurs bilingues et par des actions de formation destinées à adapter l'accueil et le discours aux différents publics. De nouveaux outils, tels que des audio-guides et des dispositifs d'amélioration de l'expérience de visite, ont également été mis en place afin de professionnaliser davantage l'offre culturelle.
L'esprit du FESMAN plane sur 2026
Dans la préface de ce rapport, le directeur Abdalah Ly pose une question essentielle à l'aube de 2026 : le musée, né de l'élan du Premier Festival mondial des Arts nègres de 1966, tient-il ses promesses soixante ans plus tard ? Pour lui, la réponse est dans le nouvel élan observé en 2025, articulé autour de cinq axes : démocratisation, décolonisation, dynamisation, digitalisation et diversification des ressources.
Pour preuve de cette ambition renouvelée, la fin d'année a vu l'installation de deux instances clés : un Comité international d'orientation (CIO) et une Association des amis du MCN. Ces "renforts" doivent permettre au musée de monter en puissance.
Et 2026 s'annonce déjà comme un cru exceptionnel. Entre la Biennale des Arts, les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) et le lancement d'une programmation dédiée aux "musiques noires en scène", le MCN entend bien vibrer au rythme de la créativité contemporaine. Un programme chargé qui, espère-t-on du côté de Dakar, attirera aussi bien les foules que les nombreuses personnalités de renom du reggaeman Tiken Jah Fakoly à l'ancien ministre français Pap Ndiaye, déjà aperçus dans ses allées en 2025 venues chercher au Sénégal un morceau de l'histoire et du futur du monde noir.