Comment interprétez-vous le recul de Maurice dans l'indice de perception de corruption 2025. Est-ce un simple signal d'alerte ou le symptôme d'un mal plus profond ?
Nous n'avons pas eu besoin de la publication de cet indice de Transparency International pour savoir que la corruption est devenue un mal endémique du pays. La grande comme la petite corruption! Et ce n'est pas qu'une perception. Les médias se focalisent beaucoup sur les cas de corruption impliquant les cercles du pouvoir, ils n'ont pas tort, mais la réalité est que la corruption est présente dans de très nombreuses sphères de la société et implique un large éventail d'acteurs publics et privés. Elle est devenue comme une mode de vie pour certains.
Peut-on parler d'un tournant dans la gouvernance mauricienne depuis une dizaine d'années ?
La corruption se pratique dans notre pays depuis déjà très longtemps, et sous pratiquement tous les régimes. Mais de ce que nous avons pu constater durant la décennie passée, elle avait atteint un niveau sans précédent et s'est pratiquée de manière éhontée. Toutefois, je ne suis pas prêt à dire qu'elle a maintenant disparue...
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La corruption à Maurice est-elle davantage institutionnelle, systémique ou liée à des pratiques politiques enracinées ?
Elle est généralisée. Plusieurs institutions publiques sont gangrénées. Les pratiques politiques sont celles qui sont médiatisées, mais des centaines de corrompus et de corrupteurs sont également à l'œuvre ailleurs. Il existe plusieurs foyers de corruption systémique, à la douane, dans la police, dans le service civil, dans les corps paraétatiques, dans les administrations régionales...
Si l'on me demande, par exemple, pourquoi il est si difficile de combattre la prolifération de la drogue dans nos villes et villages, je répondrai sans hésitation que c'est notamment dû à des policiers corrompus à tous les niveaux de la hiérarchie. Nos organismes de lutte anti-corruption sont apparemment aveugles à leurs signes extérieurs de richesse.
Les mécanismes de contrôle - FCC, judiciaire, parlementaire - vous semblent-ils suffisamment indépendants et efficaces ?
À l'évidence, les garde-fous ne sont pas suffisamment efficaces puisque nous constatons une multiplication des cas. Il est vrai que l'on peut avoir le sentiment d'un certain activisme des institutions de répression mais les failles des filets sont apparemment très larges. Le gouvernement annonce une nouvelle institution, il faudrait qu'elle soit foncièrement indépendante et dotée de compétences d'investigation autrement plus pointues.
Ce recul de la perception de la corruption peut-il avoir un impact concret sur l'attractivité auprès des investisseurs étrangers ?
Bien évidemment les vrais investisseurs ont horreur des pratiques de corruption. Pas uniquement pour des raisons de moralité mais aussi parce que la corruption a un coût et freine la réalisation des projets. Pour un investisseur étranger, les fourches caudines des autorisations aux multiples étages de l'administration publique, sont autant d'obstacles. Parfois coûteux.
La lutte contre la corruption est-elle réellement une priorité politique ou un slogan électoral ?
Vous me demandez si la réalité est conforme au discours. Je vous réponds oui et non. Il existe, bien entendu, des hommes et des femmes publics qui sont au-dessus de tout soupçon. Mais je ne mettrais pas ma main au feu pour tous.
Si aucune réforme majeure n'est engagée, à quoi pourrait ressembler la situation dans cinq ans ?
Le combat contre la corruption nécessite des réformes structurelles profondes soutenues par une forte volonté politique. C'est un enjeu de société. Il existe des pays qui avaient la réputation d'être profondément corrompus mais qui ont réussi à mettre en place des mécanismes de répression d'une grande efficacité. C'est le cas de Hong Kong, de Singapore.
Leurs combats contre la corruption reposent sur des législations particulièrement sévères, des institutions anticorruption véritablement indépendantes avec des pouvoirs d'enquête très étendus. En Afrique, selon Transparency International, les Seychelles font figure de meilleur élève.
Un aspect non négligeable de ce combat est l'éducation et la sensibilisation. C'est un combat difficile qui exige de se battre sur plusieurs fronts. Elle ne sera pas gagnée en cinq ans.