Le projet hôtelier 5-étoiles Stella Di Mare, qui prévoit la construction d'un établissement de 233 chambres à Les Salines, Petite-Rivière-Noire, n'a toujours pas démarré près de neuf ans après l'incorporation de la société. Malgré l'obtention d'une licence d'Environmental Impact Assessment (EIA), d'un permis de construction et d'un financement de la SBM et de la Mauritius Investment Corporation (MIC) à la hauteur de Rs 325 millions, aucun chantier d'envergure n'a véritablement pris forme sur le terrain. Entre terrain d'État inexploité, obligations contractuelles non respectées et interrogations sur l'allocation de fonds publics, le dossier soulève des enjeux politico-financiers.
Licence EIA
Si Stella Di Mare (Mauritius) Ltd - enregistrée le 9 décembre 2016 et détenue à parts égales par ses directeurs, Ayoub Adly Ayoub et Fiore Tiziana - a obtenu sa licence EIA le 27 février 2019, la validité de celle-ci a ensuite été prolongée à trois reprises, à la demande du promoteur. Une première extension a été accordée du 15 février 2022 au 26 février 2023, suivie d'une seconde du 28 février 2023 au 27 février 2024.
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Une troisième prolongation est intervenue du 1eᣴ novembre 2024 au 1er novembre 2027. Si elle paraît nettement plus conséquente que les deux précédentes, le ministère de l'Environnement en explique toutefois la raison par une évolution du cadre légal : «Avant l'entrée en vigueur de l'Environment Act 2024, une licence EIA était valable trois ans et ses renouvellements ne pouvaient excéder une année à la fois. Depuis le 1eᣴ août 2024, la durée de validité d'une licence peut atteindre cinq ans et les extensions peuvent désormais aller jusqu'à trois ans. L'extension accordée en novembre 2024, sous le précédent gouvernement, s'inscrit ainsi dans ce nouveau dispositif législatif.»
Rs 325 millions
Si l'analyse de KC Ranzé débute en évoquant les «bonnes intentions» de la MIC dans un contexte économique jugé particulièrement complexe, elle met également en lumière une anomalie dans le cas précis de Stella Di Mare. Dans les projets de développement dits «smart» ou à long terme, les financements issus de prêts sont, en principe, décaissés de manière progressive, au fur et à mesure de l'avancement des travaux et selon des jalons contractuels clairement définis.
Ce mécanisme vise à limiter les risques financiers et à garantir que les fonds publics ou bancaires suivent une progression tangible sur le terrain. Or, dans le cas de Stella Di Mare, le financement aurait été décaissé dans son intégralité le 8 novembre 2024. Ce, alors même que le projet n'avait pas véritablement démarré. Ainsi, le projet aura bénéficié d'un financement total de Rs 325 millions, d'abord via la SBM, puis par la MIC.
Terres de l'État
Le ministre du Logement et des Terres, Shakeel Mohamed, explique que le dossier Stella Di Mare comporte plusieurs aspects. Le premier concerne la relation contractuelle entre son ministère et Stella Di Mare, sous la forme d'un industrial lease accordé pour la construction du projet. Cependant, selon le ministre, Stella Di Mare n'est, à ce jour, pas en conformité avec ses obligations contractuelles, notamment pour les délais de construction et le paiement du bail.
Si le ministre explique qu'il lui serait possible de servir une mise en demeure pour rappeler les manquements au premier contrat et aller vers une résiliation du bail, il précise toutefois avoir engagé des discussions avec la MIC pour privilégier une solution permettant de récupérer l'intégralité des Rs 325 millions :
«Le régime précédent a accordé avec une facilité déconcertante Rs 325 millions. Si je reprends le terrain en mettant un terme au contrat fait avec mon ministère, légalement je peux, mais cela met en danger le recouvrement des Rs 325 millions dues à la MIC. Je me dois de faire cette balance. J'ai eu des échanges avec la MIC - dont le gouvernement est actionnaire à 100 % - pour savoir où ils sont arrivés dans leur processus de recouvrement et définir la stratégie à adopter afin que l'argent du contribuable soit récupéré.»
À une question visant à savoir si, oui ou non, Stella Di Mare pourrait aujourd'hui démarrer les travaux si elle le souhaite, comme elle dispose déjà de son permis de construction et de sa licence EIA, le ministre répond sans détour : «La compagnie est déjà en violation du contrat qui la lie au ministère : la construction aurait déjà dû démarrer. Et démarrer, ici, ne veut pas dire commencer un petit bout, puis arrêter complètement. C'est un processus. La compagnie a-t-elle demandé une extension de délai avant l'expiration du délai de construction ? Non. Pour moi, la question ne se pose même pas. La priorité, c'est que la MIC recouvre l'argent du contribuable.»
Enjeux environnementaux
Rezistans ek Alternativ (ReA), dans un document daté de novembre 2018 et soumis dans la phase de consultations publiques, avait relevé plusieurs anomalies. Selon ReA, le projet était présenté comme un nature resort, alors qu'à l'examen des plans, il s'apparentait davantage à un beach resort.
Contacté, le junior minister Kugan Parapen tient une position qui s'inscrit dans la continuité des observations formulées à l'époque. Il explique : «Notre expert nous avait indiqué que si le projet allait de l'avant avec ce qu'ils appelaient un beach re-profiling, il y aurait eu des dégâts importants sur les zones humides, notamment le Tidal Mudflat Wetland. Dans un premier temps, nous avons été agréablement surpris de constater que, lorsque la licence EIA a été émise, nos commentaires avaient été pris en considération et que le projet avait été revu. Cela a permis de préserver 29 000 m² de biodiversité et de mangroves dans cette région.»
De son côté, l'ONG Eco-Sud dénonçait déjà en 2022 une bétonisation excessive de la région de Rivière-Noire, évoquant une «concrete jungle» incompatible avec les discours officiels sur le concept «ridge to reef».
Défi énergétique
Au-delà des enjeux écologiques liés aux zones humides, Kugan Parapen souligne un autre point soulevé dès la phase de consultation publique : la question des ressources. La région concernée est décrite comme relativement asséchée, avec des contraintes en matière d'approvisionnement en eau et de connexion électrique.
Il explique : «Nous avions également mentionné qu'il fallait prendre en considération les implications sociales liées à l'énergie et à la distribution d'eau, surtout dans une région déjà sous pression. Aujourd'hui, avec la crise de l'eau et de l'énergie, il est encore plus important que les EIA intègrent ces paramètres et que les nouveaux projets prévoient des dispositions renouvelables ou réellement soutenables en matière d'eau et d'énergie.»