Longtemps, explique Serigne Mour Diop, « l'écurie Sérère a régné sur l'arène sénégalaise grâce à des champions de la trempe de Doudou Baka Sarr, Robert Diouf ou Manga 2 ».
Aujourd'hui, cette école, autrefois dominante, a quasiment disparu du paysage de la lutte avec frappe. Pour M. Diop, doyen de la presse sportive sénégalaise, cette léthargie s'explique, avant tout, par une rupture historique. « Dans le passé, les écuries n'existaient pas réellement. Les lutteurs s'identifiaient à leurs origines ethniques ou géographiques et des alliances solides se formaient autour de ces appartenances. Ces pactes étaient sacrés », rappelle-t-il. Ainsi, même lorsque les champions du Cap-Vert s'affrontaient entre eux, ils faisaient bloc dès qu'un lutteur venu d'ailleurs menaçait leur suprématie.
Selon lui, l'ancêtre de l'écurie Sérère, au début des années 1960, reposait sur une alliance informelle autour de figures comme Ngor Thiaguine, Babou Ndieumbane ou Boy Sérère du Baol, renforcée par de jeunes talents venus de Thiès et du Sine-Saloum, parmi lesquels Landing Diamé, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor ou Robert Diouf. La solidarité était totale, même sans structure formelle. Plus tard, Doudou Baka Sarr, Moussa Diamé, Ibou Senghor et Robert Diouf deviennent les leaders, avec derrière eux, une nouvelle génération incarnée par Ambroise Sarr, Manga 2 et les frères Thior.
Selon le journaliste, la véritable structuration intervient à la fin des années 1970, puis s'impose après l'avènement de Manga 2, lorsque les grandes écuries se dotent d'associations organisées. « À l'écurie Sérère, Émile Wardini prend la présidence, Dr Alioune Sarr devient premier vice-président et Mbagnick Ndiaye secrétaire général. Tous les jeunes lutteurs sérères étaient alors naturellement orientés vers cette structure, pendant que Manga 2 règne en maître absolu, épaulé par Ambroise Sarr, Mame Ndieumbane Diom, Docteur Faye, Lang Sané, Ibou Ndaffa, Simel Faye ou Alioune Diouf », disserte-t-il, soutenant qu'« après la retraite de Manga 2, un ressort s'est brisé ».
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L'encadrement s'affaiblit, les jeunes talents se dispersent dans d'autres écuries, par affinité ou pour éviter une concurrence interne jugée trop forte. « Aujourd'hui, presque toutes les écuries comptent au moins un lutteur sérère dans leurs rangs », fait remarquer ce grand témoin. C'est dans ce contexte que Yakhya Diop « Yékini » avait rejoint l'écurie Ndakaru, une structure ouverte et multiculturelle. Un choix stratégique qui n'a pas fait l'unanimité et qui lui vaudra, un temps, un certain isolement au sein de sa propre communauté.
Pour Serigne Mour Diop, « la création des écoles de lutte, notamment celle de Manga 2, a paradoxalement signé la fin programmée de l'écurie Sérère, devenue obsolète malgré son glorieux passé ». Un constat partagé par beaucoup d'observateurs avertis de ce sport. Dès lors, une question se pose : qui a réellement failli entre Yékini, les dignitaires sérères et les figures influentes de la communauté ? Une interrogation qui relance, une fois encore, le débat sur la transmission et l'avenir de l'héritage sérère dans les arènes sénégalaises.