Maurice recule. Avec un score de 48/100 dans l'édition 2025 du Corruption Perceptions Index (CPI), le pays perd trois points par rapport à 2024 et passe sous la barre symbolique des 50. Au-delà du chiffre, c'est la trajectoire qui inquiète : depuis 2012, l'île est passée de 57 à 48 points. Une érosion lente, mais constante.
Publié chaque année par Transparency International, le CPI évalue 182 pays à partir de 13 sources indépendantes, mesurant la corruption perçue dans le secteur public par des experts et des acteurs économiques. L'indice, allant de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre), est devenu un baromètre mondial de la qualité de la gouvernance et de la crédibilité institutionnelle.
Dans un contexte international déjà préoccupant - moyenne mondiale à 42/100, plus des deux tiers des pays sous le seuil de 50 - le recul mauricien ne peut être relativisé par la seule comparaison globale. Certes, Maurice reste au-dessus de la moyenne de l'Afrique subsaharienne (32/100), mais elle se situe désormais loin derrière les Seychelles (68/100) et derrière des pays comme le Botswana ou le Rwanda (58/100). Elle glisse vers le groupe des États dont les fragilités institutionnelles deviennent plus visibles.
Malaise plus profond ?
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Pour Transparency Mauritius, cette baisse ne relève plus d'une fluctuation ponctuelle mais d'une tendance cumulative. L'organisation évoque des failles persistantes : absence d'une loi robuste sur l'accès à l'information, protection insuffisante des lanceurs d'alerte, interrogations sur l'indépendance et l'efficacité des mécanismes de contrôle, lenteur des réformes annoncées.
L'analyste Jean Claude de l'Estrac dresse un constat encore plus sévère. Selon lui, la corruption ne se limite pas à des affaires isolées ou à la perception internationale, elle serait devenue diffuse, touchant plusieurs secteurs de l'administration et de la vie publique, avec des conséquences directes sur la confiance citoyenne et l'attractivité économique du pays.
Le CPI ne mesure pas des condamnations judiciaires, mais l'atmosphère générale. Et en 2025, ce climat suggère que la question de l'intégrité publique à Maurice dépasse le simple enjeu d'image. Elle met en lumière la solidité des contre-pouvoirs, la transparence de la décision publique et la capacité de l'État à sanctionner efficacement les dérives.
Simple avertissement ou symptôme d'un malaise plus profond ? Les analyses qui suivent tentent d'apporter des éléments de réponse.