Sénégal: Habib Bèye, éviction ou cabale médiatique ?

16 Février 2026

Le départ d'Habib Bèye du Stade rennais continue de susciter des interrogations. Plus qu'un simple choix sportif, son départ donne le sentiment d'un processus long et complexe, alimenté par un climat médiatique défavorable.

Derrière ce limogeage s'est construite une cabale médiatique sur la durée, qui semble avoir scellé le sort du coach sénégalais. En effet, l'éviction de Bèye du club breton ne s'apparente pas à une décision sportive ordinaire. Il donne plutôt l'impression d'un long procès, patiemment orchestré par ses détracteurs dans l'espace médiatique. Le désamour entre l'ancien chroniqueur et une partie des médias ne date pas de son arrivée sur le banc rennais. Déjà consultant à Canal+, il se faisait remarquer par un ton direct, parfois clivant, et une liberté de parole assumée. Cette attitude, loin de rechercher le consensus, lui a valu autant d'admirateurs que de détracteurs. Lui-même reconnaissait, dans un entretien à L'Équipe, un « égo surdimensionné », convaincu que sa franchise finirait par lui retomber dessus. Son départ du Red Star, accompagné d'une ambition clairement affichée de rejoindre un club qui joue l'Europe, a renforcé cette perception.

Là où l'intéressé parlait de projection logique, certains ont préféré voir de l'arrogance pour un débutant. C'est sans doute à ce moment que l'image s'est cristallisée et que la perception a commencé à prendre le pas sur l'analyse. Lorsqu'il arrive à Rennes en janvier 2025, le club est en difficulté et flirte avec la zone rouge. En moins d'une saison, malgré un environnement interne instable, Bèye redresse la trajectoire et boucle l'exercice 2024-2025 à une honorable douzième place. Reconduit avec des objectifs rehaussés, il maintient son équipe dans le haut du classement. Au moment de son éviction, Rennes est sixième, à quatre points de la Ligue des champions. Un contexte qui interroge forcément sur la logique du choix opéré. Avant son départ, plusieurs informations spectaculaires circulent, visant à fragiliser Habib Bèye.

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On évoque des conditions de départ jugées excessives, mêlant le maintien de son salaire jusqu'à la fin de son contrat en juin 2027, des primes conditionnées à une qualification européenne et des pourcentages sur d'éventuels transferts de jeunes joueurs. Le Stade rennais FC dément rapidement ces informations, qualifiées d'infondées et exagérées par les médias. Pour autant, le démenti a peu d'effet face à l'impact initial de ces allégations. Le mal est déjà fait et l'image qui se diffuse dans l'opinion tend à présenter Bèye plus comme un gestionnaire d'intérêts personnels que comme un technicien soucieux des performances de son équipe sur le terrain. Dans cet épisode, l'évocation de l'agence « Classico », spécialisée dans la représentation de footballeurs professionnels, ajoute à cette zone grise.

Rien d'illégal n'a été établi et aucune infraction n'est formellement prouvée. Pourtant, l'impression domine qu'un dossier à charge a progressivement pris le pas sur une analyse équilibrée. Il est notamment reproché à Bèye d'avoir favorisé plusieurs transferts, dont certains entre Marseille et Rennes, comme ceux de Brassier et Merlin, afin de permettre à Classico, qui gère également ses intérêts, de percevoir des commissions. Mais tout cela s'explique dans un contexte rennais loin d'être neutre. Le club fonctionne autour de plusieurs centres d'influence, chacun cherchant à séduire la richissime famille Pinault, propriétaire du club et cinquième fortune de France. Dans ce jeu d'équilibres internes, Habib Bèye, soutenu par les Pinault, devait également composer avec la position d'Arnaud Pouille, président du club, avec lequel ses relations apparaissaient fragiles.

En arrière-plan, Pouille préparait le choix d'introniser Franck Haise, qu'il avait connu à Lens. Dès lors, la déstabilisation médiatique du coach sert clairement ceux qui souhaitent tourner la page. La succession de révélations, soigneusement chronométrée et coïncidant avec un léger fléchissement des résultats du club, accentue l'impression d'un mouvement organisé pour démettre l'ancien international. Alors que l'Olympique de Marseille veut Habib Bèye pour succéder à Roberto de Zerbi, Rennes tente de bloquer le mouvement en engageant une procédure disciplinaire contre le Sénégalais. Officiellement, le dossier est présenté comme privé.

Officieusement, il lui est reproché d'avoir entretenu un conflit d'intérêts sur certains transferts et d'avoir discuté avec l'OM d'une possible arrivée avant l'élimination du club breton en coupe de France face au même adversaire. Finalement, cette éviction de Bèye est moins liée aux résultats qu'à une image construite autour de lui. Celui d'un entraîneur ambitieux et indépendant, dont la perception a fini par éclipser le bilan. Un club sauvé de la relégation, replacé dans la course à l'Europe, puis un départ difficilement explicable sur le seul terrain sportif. Le reste relève d'une construction méthodique, où l'ombre du soupçon a fini par masquer la lumière des faits, donnant l'impression d'une véritable cabale médiatique contre le technicien sénégalais.

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