La Chine supprimera dès mai 2026 les droits de douane sur les produits africains. Madagascar vise à booster ses exportations grâce à un accord bilatéral.
La suppression des droits de douane chinois sur les produits africains, annoncée pour mai 2026, place Madagascar face à une opportunité stratégique. Si Pékin promet « de nouvelles perspectives de développement», l'impact réel dépendra de la capacité de la Grande Île à diversifier et à valoriser ses exportations dans une relation commerciale encore largement déséquilibrée.
À partir du 1er mai 2026, la Chine appliquera un tarif douanier nul aux importations en provenance des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Madagascar figure parmi les bénéficiaires de cette mesure annoncée par le président chinois Xi Jinping en marge du sommet annuel de l'Union africaine à Addis-Abeba.
Cette décision étend un dispositif déjà accordé à 33 pays africains. Seul l'Eswatini reste exclu en raison de ses liens avec Taïwan. Selon Pékin, cette suppression des droits de douane « offrira sans aucun doute de nouvelles perspectives au développement de l'Afrique ».
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Pour Madagascar, l'enjeu est important. La Chine est aujourd'hui l'un de ses principaux partenaires commerciaux. En 2024, les échanges bilatéraux ont atteint environ 1,68 milliard de dollars. Mais le déséquilibre est marqué : 1,19 milliard de dollars d'importations malgaches contre seulement 268 millions d'exportations vers la Chine.
Le déficit commercial dépasse ainsi les 900 millions de dollars. Les importations concernent surtout des équipements électriques, des machines, des textiles et des véhicules, tandis que les exportations malgaches restent dominées par les minerais, les pierres précieuses, le sel et les produits de la mer.
Opportunité réelle ou geste diplomatique ?
Sur le papier, la suppression des droits de douane pourrait améliorer la compétitivité des produits malgaches sur le marché chinois. La vanille, les produits halieutiques ou les ressources minières pourraient bénéficier d'un accès facilité.
Cependant, plusieurs analystes tempèrent l'enthousiasme. « À l'égard de la balance commerciale, et considérant que ce sont majoritairement des entreprises chinoises présentes en Afrique qui exportent vers la Chine, cette décision est plus diplomatique que structurelle », estime un économiste spécialisé. Autrement dit, l'impact pourrait rester limité tant que Madagascar exportera principalement des matières premières à faible valeur ajoutée.
En parallèle, la coopération bilatérale se renforce. Le 13 février, un accord de coopération pour le développement a été signé entre Antananarivo et Pékin. La Chine s'est engagée à accorder une assistance de 100 millions de yuans (environ 14,5 millions de dollars) pour soutenir la reconstruction après les récents cyclones.
L'ambassadeur chinois a affirmé vouloir soutenir Madagascar dans « la recherche d'une voie de modernisation adaptée à ses réalités nationales ». Les autorités malgaches y voient « un nouvel acte de coopération et d'amitié profonde ».
Le signal politique est donc fort. Reste à savoir si cette ouverture commerciale permettra réellement à Madagascar de réduire son déficit avec la Chine ou si elle consolidera une relation déjà asymétrique.