Sénégal: Mine de zircon de Niafrang - Un géographe alerte sur les risques pour la Casamance

16 Février 2026

Abdou Sané, géographe environnementaliste et expert en réduction des risques de catastrophe, interpelle les autorités sur les contradictions qu'il perçoit entre la lutte contre l'érosion côtière et le projet d'exploitation de la mine de zircon de Niafrang, située en bordure du littoral casamançais.

Lors du dernier Conseil des ministres, le Président de la République a donné des instructions en vue d'apporter des réponses structurelles à l'érosion côtière, phénomène qui menace de plus en plus les zones littorales du Sénégal. Une préoccupation jugée légitime par Abdou Sané, mais qui, selon lui, entre en contradiction avec le projet d'exploitation minière prévu précisément en zone côtière, à Niafrang.

Pour le géographe, la proximité immédiate entre ce projet extractif et le littoral soulève une question fondamentale de cohérence : comment prétendre lutter efficacement contre l'érosion côtière tout en autorisant une activité minière dans un espace aussi vulnérable et écologiquement sensible ? Abdou Sané met en perspective les retombées économiques annoncées en termes de recettes financières et de créations d'emplois avec un acquis qu'il considère inestimable notamment la paix sociale progressivement rétablie en Casamance après plusieurs décennies de conflit.

Il s'interroge ainsi sur les ressources financières et les emplois escomptés de l'exploitation du zircon peuvent-ils réellement l'emporter sur la valeur d'une paix retrouvée, qui mérite au contraire d'être consolidée et préservée ? L'expert rappelle que l'histoire de l'exploitation minière en Afrique offre peu d'exemples où les communautés locales ont durablement été sorties de la pauvreté grâce aux activités extractives. Cette interrogation souligne le scepticisme persistant quant aux promesses de développement local généralement associées aux projets miniers.

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Un appel à la prudence dans une région fragile

Dans une région qui, selon ses termes, « retrouve progressivement le goût de la vie » à la suite des avancées du processus de paix en Casamance, Abdou Sané estime qu'une décision responsable consisterait à renoncer à ce projet, qu'il qualifie d'«aventure aux risques et incertitudes d'une gravité extrême ». Il dénonce une approche qu'il juge excessivement mercantile et appelle les pouvoirs publics à explorer des alternatives de développement plus durables et adaptées aux réalités locales. À ses yeux, abandonner ce projet constituerait une voie de préservation, susceptible d'éviter les dérives souvent associées à l'exploitation des ressources extractives dans les pays en développement.

Des risques environnementaux et sociaux significatifs

En sa qualité d'expert en réduction des risques de catastrophe, Abdou Sané évoque les dangers potentiels liés à l'exploitation du zircon en zone côtière : aggravation de l'érosion littorale, pollution des sols et des eaux, dégradation des écosystèmes marins et terrestres, déplacements éventuels de populations, ainsi que tensions sociales liées à l'accès aux ressources et à la répartition des bénéfices. Cette prise de position intervient alors que l'État sénégalais cherche à optimiser les revenus tirés de ses ressources naturelles afin de financer son développement et de réduire sa dépendance à l'endettement. Le zircon, utilisé notamment dans l'industrie céramique et dans certains secteurs stratégiques, représente en effet un potentiel économique non négligeable.

La question demeure toutefois ouverte : les autorités privilégieront-elles les retombées économiques à court terme ou accorderont-elles la priorité à la préservation de l'environnement et à la stabilité sociale d'une région encore marquée par plusieurs décennies de crise ?

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