Le Burundi, à la tête de l'UA, veut renforcer la diplomatie et la coopération régionale face aux crises, notamment dans l'Est de la RDC.
Selon un document officiel, la priorité du Burundi dans la résolution de cette crise repose sur la paix, la sécurité et la diplomatie préventive.
Dans l'entretien qu'il nous a accorde,Edouard Bizimana revient sur la situation sur le terrain, il souligne les enjeux majeurs et assure que la frontière entre les deux pays rouvrira lorsque toutes les garanties sécuritaires seront réunies.
Le Burundi a pris la présidence de l'Union africaine ce week-end. Quels sont, selon vous, les principaux enjeux politiques et diplomatiques qui accompagnent cette responsabilité historique ?
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Cette présidence intervient dans une période très difficile, notamment sur le plan international où le multilatéralisme est mis à mal. Le Burundi veut faire de son mieux pour inverser cette tendance : rassembler, dialoguer avec tous les acteurs, et créer un cadre où chacun peut travailler ensemble, dans le respect du droit international.
Le continent connaît plusieurs zones de tensions majeures : la RDC, la Somalie, le Soudan, ou encore le Sahel confronté à un terrorisme en expansion. Nous avons beaucoup de travail, mais le Burundi ne sera pas seul : nous pourrons compter sur nos partenaires. Nous voulons saisir cette opportunité pour que la présidence burundaise fasse réellement la différence.
Vous avez cité la RDC. La situation sécuritaire à l'Est du pays demeure l'un des enjeux majeurs du continent. Comment la présidence burundaise compte-t-elle renforcer la diplomatie préventive et la coordination des réponses régionales ?
Nous allons nous appuyer sur les initiatives déjà engagées : les accords de Washington et de Doha, ainsi que les processus de Nairobi et de Luanda. L'objectif est de rapprocher les parties en conflit. La médiation de l'Union africaine, menée par le médiateur désigné, Son Excellence Faure Gnassingbé, va se poursuivre. Nous utiliserons ces outils pour aider les acteurs concernés à trouver un terrain d'entente et donner une véritable chance à la paix dans l'Est de la RDC, et plus largement dans toute la région.
Le ministre rwandais de l'Intérieur, rencontré à Munich, souhaite que le Burundi reste impartial dans la crise qui oppose Kigali et Kinshasa. Que lui répondez-vous ?
Je ne sais pas exactement ce qu'il entend par impartialité. Le Burundi se trouve en RDC parce qu'il y a été invité, et d'abord pour garantir sa propre sécurité : notre frontière reste menacée par des groupes armes qui collaborent avec le M23.
Notre rôle est de protéger notre territoire et notre population. Le Burundi n'est pas une partie au conflit. Nous l'avons toujours dit : notre intention est d'aider les parties à se rapprocher, sur la base des principes du droit international -- qu'il s'agisse de la Charte des Nations unies ou de celle de l'Union africaine.
Le respect de la souveraineté et l'inviolabilité des frontières sont des principes fondamentaux. En tant que président de l'Union africaine, le Burundi s'y référera pour soutenir la paix et la sécurité dans la région.
Pour les populations vivant à Uvira et dans les zones transfrontalières côté burundais : quand la frontière entre les deux pays pourra-t-elle rouvrir ?
Nous évaluons en permanence la situation, et dès que toutes les conditions seront réunies pour permettre aux populations de rentrer chez elles en sécurité, nous n'aurons aucun intérêt à maintenir la frontière fermée.
Mais nous ne voulons pas rouvrir aujourd'hui pour refermer demain faute de préparation. Nous constatons encore des mouvements degroupes armés appuyés par le M23, qui tentent de traverser la frontière pour commettre des attaques au Burundi et dans la zone d'Uvira. Il reste donc des mesures à prendre pour assurer la tranquillité des populations.
Nous allons collaborer avec le HCR et d'autres institutions pour garantir que la situation soit réellement stabilisée, afin que les réfugiés burundais puissent rentrer chez eux. Des Burundais qui vivaient en RDC souhaitent également rentrer, mais tant que la sécurité n'est pas maîtrisée, ils devront attendre. Nous collaborons étroitement avec le gouvernement congolais pour que toutes les conditions nécessaires soient réunies.
La présidence du Burundi a l'Union africaine accorde une attention particulière au thème « L'eau et l'assainissement pour tous d'ici 2063 ». Quels résultats concrets espérez-vous atteindre ? Et comment y parvenir, alors que l'accès à l'eau potable reste difficile dans de nombreuses régions ?
Le Président de l'Union africaine souhaite que, durant son mandat, chaque ménage puisse avoir accès à l'eau à une distance raisonnable -- environ quinze minutes aller-retour entre la source et le domicile.
Nous comptons nous appuyer sur les partenaires de l'Union africaine déjà engagés dans ce domaine pour aider les pays africains à atteindre cet objectif. L'eau est une ressource rare et épuisable, un aspect que l'on néglige souvent. Son absence peut générer des conflits, qu'il s'agisse d'irrigation, d'élevage ou d'eau potable.
C'est un enjeu essentiel, raison pour laquelle l'Union africaine en a fait le thème de l'année. La présidence burundaise travaillera à ce que cette ressource vitale profite à l'ensemble des populations du continent.
Vous insistez également sur le rôle des femmes et des jeunes dans la paix et l'innovation. Quelles initiatives prévoyez-vous pour renforcer leur participation ?
Nous connaissons l'importance des femmes et des jeunes dans la médiation et la pacification. Le Chef de l'État et président en exercice de l'Union africaine prévoit d'organiser un grand sommet à Bujumbura, en parallèle du dialogue continental des jeunes. Il a choisi de l'associer au Forum des femmes.
Femmes et jeunes seront invités à Bujumbura pour travailler ensemble sur ces questions et être davantage impliqués dans la recherche de la paix en Afrique. Dans les conflits, ce sont souvent les femmes et les jeunes filles qui sont les plus affectées. Les intégrer pleinement dans les processus de paix est donc essentiel pour prévenir de nouvelles crises.