Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, est depuis hier à Alger pour une visite officielle de deux jours. Quand on voit les différentes frictions, voire les conflits larvés ou ouverts qui ont jalonné les relations franco-algériennes, ne relève pas de l'épiphénomène cette visite du premier flic de France. Cela fait quand même quatre ans qu'un locataire du ministère sis Place Beauvau à Paris n'avait séjourné dans la patrie de Boumedienne.
Et ça tombe bien, surtout que les sujets de frictions et les malentendus n'ont jamais manqué entre ces deux pays qui ont toujours joué au « Je t'aime ; moi non plus ». Pouvait-il en être autrement avec le siècle de joug colonial, suivi d'une guerre d'indépendance meurtrière ? Fort heureusement, les Accords d'Evian (18 mars 1962) sont passés par là, ce qui mit fin à plus de sept ans d'affrontements violents entre insurgés algériens et armée française et aboutit à l'indépendance de l'Algérie après 132 ans de colonisation française.
L'agenda du ministre de l'Intérieur français sera en tous les cas chargé, surtout que ces dernières années, de nouveaux contentieux sont nés et cherchent à être réglés avec le pays hôte. On peut citer, entre autres, l'acceptation par Paris de la marocanité du Sahara occidental, ce qui a grandement détérioré les relations depuis 2024, la mise en examen d'un agent consulaire algérien en France, suivie de l'expulsion de douze agents de l'ambassade française à Alger quelques jours plus tard.
Sans oublier que le visiteur de marque profitera également plaider la cause du journaliste sportif Christophe Gleizes, condamné à 7 ans de prison et détenu en Algérie depuis mai 2024. En rappel, en mai 2024, il avait été arrêté à Tizi Ouzou puis placé sous contrôle judiciaire avec une interdiction de quitter le pays. Il lui est reproché d'avoir échangé plusieurs années plus tôt avec le responsable du club Jeunesse sportive de Kabylie, par ailleurs un des responsables du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie, organisation classée comme terroriste par les autorités.
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La rencontre étant surtout à l'initiative de la partie algérienne, les deux pays n'ont pas intérêt à se fâcher durablement eu égard aux différents enjeux, notamment la présence d'une forte communauté algérienne en France et la dépendance de l'Hexagone au gaz algérien. Il est vrai que Paris a toujours tenté de tourner le dos au gaz algérien mais cette décision s'est toujours révélée très coûteuse.
A considérer donc la sensibilité des sujets à traiter, on espère que le ministre Nuñez reviendra vivant de cette opération de déminage.