Chaque jour, hommes, femmes et enfants bravent les eaux du fleuve d'Ifasy à bord d'embarcations vétustes et surchargées. Une traversée devenue routine mais à haut risque.
Sur l'Ifasy, chaque traversée est un face-à-face avec la mort et le même suspense insoutenable. Entassés dans des pirogues et vedettes vétustes, rafistolées tant bien que mal, sans gilets de sauvetage ni contrôle rigoureux, des passagers risquent leur vie chaque jour pour rejoindre l'autre rive. Ce danger quotidien est devenu le lot de centaines de familles.
Depuis la destruction du pont d'Ifasy, lors du passage du cyclone Gamane, la traversée en pirogue ou en barque motorisée reste le seul moyen de relier les deux rives sur la route nationale reliant Ambilobe à Ambanja. Pourtant, les coques fatiguées, les moteurs capricieux et l'entretien approximatif exposent les passagers à des dangers permanents. À cela s'ajoute la surcharge fréquente, les passeurs cherchant à rentabiliser chaque traversée dans un contexte économique difficile.
« Nous n'avons pas le choix. Pour vendre nos produits au marché ou emmener nos enfants à l'école, il faut traverser. Si nous attendons une autre pirogue, nous risquons de manquer le marché ou le rendez-vous médical », confie une mère de famille habitante de la commune rurale de Beramanja, rencontrée sur la berge.
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Il convient de préciser que le bac d'Ifasy est contraint de suspendre ses activités lorsque le niveau du fleuve atteint un seuil trop élevé. Cette interruption ouvre la voie aux pirogues et vedettes privées qui prennent alors le relais pour assurer le transport des passagers, et ce, indépendamment des garanties de sécurité offertes.
La situation devient particulièrement préoccupante pendant la saison des pluies. La montée des eaux, l'intensification du courant et la présence de débris flottants augmentent considérablement les risques de chavirement.
Des incidents sont régulièrement signalés : moteurs en panne en plein milieu du fleuve, embarcations prenant l'eau, passagers tombant à l'eau faute de stabilité. Si certains accidents n'entraînent que des frayeurs, d'autres ont déjà causé des pertes humaines, marquant durablement les communautés locales.
Valse de responsabilités
Le dernier cas en date remonte au mercredi 11 février dernier, aux environs de midi, où la traversée du fleuve Ifasy a une nouvelle fois viré à l'incident, ravivant les inquiétudes autour de la sécurité des usagers. Selon les informations recueillies sur place, une vedette a sombré, causant la mort tragique de Justin Mamelona, un commerçant d'Ambanja qui se rendait à Antsiranana pour vendre des citrons, dont le corps n'a été retrouvé que deux jours plus tard. En revanche, cinq passagers ont pu être sauvés.
Selon les premières informations, la vedette serait tombée brusquement en panne de moteur au milieu du fleuve, avant d'être emportée par le courant. Ce nouvel incident met une nouvelle fois en lumière la fragilité de ce mode de transport.
Il n'est désormais plus clairement établi qui prend la décision d'interdire la traversée du fleuve lorsque le niveau de l'eau devient excessivement élevé. Aussi, qui est réellement responsable du contrôle des surcharges, du port des gilets de sauvetage sur les vedettes et les pirogues, ni de l'état des moteurs de ces vedettes qui tombent fréquemment en panne en pleine traversée...
Cette situation entraîne régulièrement un jeu de renvoi de responsabilités entre les forces de l'ordre et l'Agence portuaire maritime et fluviale (APMF) lorsqu'un drame survient lors de la traversée.