Ile Maurice: Une habitante de Petite-Rivière piège et contraint deux jeunes soeurs à se prostituer

17 Février 2026

Ce qui devait être une opportunité professionnelle à l'étranger s'est transformée en une véritable descente aux enfers pour deux jeunes Mauriciennes, deux sœurs âgées de 21 et 24 ans, que nous appellerons Rishia et Nousha (*). Selon les premiers éléments de l'enquête, elles auraient été piégées dans un présumé réseau de traite humaine opérant entre Maurice et La Réunion, sous couvert d'offres d'emploi séduisantes dans le domaine de la photographie.

La femme soupçonnée de les avoir recrutées, Vanita Gangoo, 37 ans, habitante de Petite-Rivière - surnommée «Chachi» - a été arrêtée dimanche par la police de Petite-Rivière pour trafic humain. Elle a comparu sous charge provisoire et, la police ayant refusé sa demande de remise en liberté, elle a été reconduite en cellule.

Cette affaire pourrait être bien plus vaste qu'il n'y paraît. D'autres proxénètes seraient déjà dans le collimateur des autorités, et plusieurs autres Mauriciennes pourraient avoir été victimes du même réseau, sans oser dénoncer leur calvaire. L'enquête, sous la supervision de la CID de Petite-Rivière, pourrait d'ailleurs être transférée au CCID si le réseau venait à être formellement démantelé à Maurice.

Rs 100 000 contre la liberté de Nousha

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L'express a rencontré l'une des deux jeunes femmes et la marraine de Nousha, 24 ans. Cette dernière raconte avec émotion comment sa filleule a été embarquée dans ce piège. Vanita Gangoo aurait demandé à la jeune femme de ne rien dire à sa sœur, car elles ne vivaient pas sous le même toit.

Le 8 février, Nousha annonce qu'elle part pour La Réunion afin d'y effectuer un petit travail de photographie. La proposition semblait simple : un emploi temporaire, un peu d'argent, une expérience à l'étranger. Mais très vite, la marraine soupçonne que quelque chose ne va pas.

Elle précise que tout semblait pris en charge : billet d'avion, logement et nourriture. Pourtant, une fois arrivée à La Réunion, la situation bascule pour Nousha. Elle se retrouve isolée, surveillée et privée de liberté. Sa marraine tente de la récupérer, mais se fait racketter par Vanita Gangoo : «Elle m'a dit qu'il fallait rembourser 100 000 roupies, sinon ma filleule ne pourrait jamais revenir à Maurice.»

Nousha aurait également subi un harcèlement constant, notamment de la part d'hommes lui faisant des propositions insistantes. Un soir, profitant du fait que son passeport n'avait pas été confisqué, elle parvient à s'échapper. Grâce à l'aide de proches sur place et de sa marraine, elle trouve refuge auprès d'une famille avant d'être rapatriée à Maurice via Air Mauritius, le 13 février.

Le dimanche 15 février, Vanita Gangoo se rend au domicile de la marraine, affirmant que la jeune femme ne souhaitait pas rentrer et tenant des propos diffamatoires sur les deux sœurs. Elle ignorait toutefois qu'elles étaient déjà chez cette dernière, à Petite-Rivière. Une déposition est alors faite contre elle au poste de police.

Rishia forcée à se prostituer

Rishia, la cadette, partie plus tôt, le 10 janvier, aurait vécu une expérience similaire. Elle pensait également se rendre à La Réunion pour un emploi lié à la photographie lors de mariages. Vanita Gangoo lui aurait promis un salaire, un logement et la possibilité d'aider sa mère financièrement.

Mais après seulement deux jours sur place, le discours change radicalement. La jeune femme affirme que Vanita Gangoo lui aurait fait comprendre qu'elle ne pouvait plus repartir et qu'elle devait désormais «travailler» pour elle : «To bizin done pou to kapav ranbours mwa.»

Selon Rishia, son passeport aurait été confisqué. Elle soutient avoir été contrainte d'accepter de se prostituer. Elle ajoute que la suspecte lui aurait apporté de la lingerie, photographiée et publié les clichés sur un site internet. Rishia raconte avoir été emmenée jusqu'à Tampon, où des «clients» défilaient.

Elle affirme que tout l'argent était récupéré par la suspecte, ne laissant que le strict minimum pour survivre. Elle précise qu'une autre Mauricienne, âgée de 42 ans, aurait également été piégée dans le même système. Les conditions de vie auraient été précaires, humiliantes et marquées par une pression constante.

Le 31 janvier, affaiblie, Rishia tombe malade. Elle supplie pour une consultation chez un médecin. Mais même à ce moment là, elle affirme avoir subi un nouveau chantage. La suspecte lui aurait réclamé 162 euros pour pouvoir revenir à Maurice. C'est finalement grâce à l'aide de l'autre Mauricienne présente sur place que Rishia réussit à s'en sortir. Cette dernière aurait payé son billet d'avion, permettant à la jeune femme de fuir.

D'autres victimes à venir ?

Dernier élément glaçant : la jeune femme affirme que la chambre où elle vivait était placée sous surveillance constante. Des caméras auraient été installées, renforçant l'hypothèse d'un système organisé, où chaque victime était contrôlée, isolée et exploitée.

Face à la gravité des accusations, la Criminal Investigation Division de Petite-Rivière a procédé, le dimanche 15 février 2026, à l'arrestation de la principale suspecte. Son époux a également été interrogé dans le cadre de cette affaire, avant d'être autorisé à quitter les locaux policiers sur instruction d'un officier supérieur.

Les autorités n'excluent pas que d'autres victimes se manifestent dans les jours à venir, ce qui pourrait donner à cette enquête une ampleur encore plus préoccupante.

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