Ile Maurice: Road rage - Attention, chauffeurs chauffés à vif

17 Février 2026

Klaxons rageurs, insultes, gestes obscènes, intimidations, voire violences physiques : la road rage (ou rage au volant) s'impose progressivement comme une réalité préoccupante sur nos routes. Autorités, associations et automobilistes s'inquiètent de cette montée de l'agressivité au volant et de ses conséquences sur la sécurité routière. Mais qu'est ce que la road rage exactement ? Pourquoi se développe-t-elle à Maurice ? Et que prévoit la loi pour y répondre ?

La road rage est devenue visible grâce aux réseaux sociaux où circulent des vidéos d'altercations sur nos routes. Des incidents récents illustrent ce phénomène : à Quatre-Bornes, le 3 février, un chauffeur a été filmé lors d'une altercation physique après un différend sur une priorité ; à Brisée-Verdière, un accrochage mineur a nécessité l'intervention de la police après qu'une foule s'était rassemblée, augmentant le risque de violence ; ou encore à Pamplemousses, quatre individus se sont arrêtés au milieu de la route pour en découdre, mettant en danger les autres usagers.

Alain Jeannot, responsable de l'organisation non gouvernementale Prévention Routière Avant Tout, qui œuvre depuis plusieurs années à la sensibilisation routière, explique que la montée de la road rage n'est pas un hasard. Selon lui, l'explosion du nombre de véhicules joue un rôle majeur. Il rappelle qu'en 40 ans, le parc automobile a augmenté de près de mille pour cent et que la densité de circulation croît chaque année, entraînant embouteillages, stress et frustration. Les trajets domicile-travail s'allongent, et les conducteurs arrivent fatigués et impatients.

Il insiste sur le manque d'éducation à la courtoisie routière : «On apprend les mathématiques, le français, le sport... mais on n'apprend pas à vivre ensemble avec civisme sur la route. Beaucoup de conducteurs ont un vrai problème de courtoisie.» Pour lui, la road rage est souvent la conséquence d'un stress accumulé et d'un manque de respect.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Pour Alain Jeannot, la solution passe par l'éducation, la sensibilisation et le respect. «Une population qui a peur de prendre la route n'est pas une société saine. Nous devons apprendre à partager la route avec respect», souligne-t-il. Il insiste sur la nécessité d'enseigner la courtoisie routière dès le plus jeune âge et de rappeler que chaque conducteur a une responsabilité envers les autres.

L'alcool et les drogues aggravent, par ailleurs, le risque d'agressivité, car ils altèrent le jugement et la maîtrise de soi. C'est ainsi que le Conseil des ministres a donné son aval, le vendredi 13 février, pour que le ministère des Transports terrestres transmette des instructions de rédaction au bureau de l'Attorney General afin d'amender la législation.

Les propositions envisagent la saisie des véhicules en cas de conduite sous l'emprise de drogues ou d'alcool et la possibilité pour le commissaire de police de demander la suspension immédiate du permis de conduire dans ces cas.

Il n'existe pas de qualification juridique spécifique pour la road rage. Les comportements agressifs sont poursuivis sous d'autres infractions : agression, obstruction, conduite dangereuse ou dommages matériels. Contacté, le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed, explique que la législation actuelle couvre déjà ce type de situations. Il précise que lorsqu'une personne bloque une route, il s'agit d'obstruction ; qu'en cas de violence, il s'agit d'agression ; et que les dégâts matériels constituent une infraction pour dommages.

Il ajoute que des consultations seront menées concernant de nouvelles mesures, notamment la saisie de véhicules, y compris pour les conducteurs de voitures de location. «Si le phénomène de road rage continue de s'aggraver, le gouvernement n'hésitera pas à revoir la loi pour mieux répondre à cette réalité», affirme-t-il. «Si la situation continue à s'aggraver, nous le ferons, car notre priorité est de sécuriser nos routes et de protéger tous les usagers.»

Il rappelle également l'introduction du permis à points, visant à responsabiliser davantage les conducteurs et sanctionner les comportements dangereux.

En chiffres

Les statistiques confirment l'ampleur des infractions. En 2025, 250 659 contraventions ont été émises, et 27 302 depuis janvier 2026. Ces chiffres traduisent un problème persistant. -23, c'est le nombre de morts depuis le début de l'année dans des accidents de la route.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.