Afrique: Égyptologie - Au Gabon, un vif intérêt pour une conférence sur l'historien sénégalais Cheikh Anta Diop

À l'occasion du 40e anniversaire de la disparition de l'historien sénégalais, Cheikh Anta Diop, l'Université Omar Bongo de Libreville a organisé une conférence-débat sur l'héritage de ce célèbre égyptologue intitulé : « L'Égypte et l'Afrique : Cheikh Anta Diop et son héritage ». Parmi les conférenciers, le professeur Pierre Oum Ndigi, lui-même égyptologue, linguiste et politologue, a mobilisé de nombreux passionnés.

Passionnés d'histoire, ils ont écouté presque religieusement le professeur camerounais, Pierre Oum Ndigi, retracer l'immense oeuvre de Cheikh Anta Diop.

« L'histoire de Cheikh Anta Diop concerne d'abord la réhabilitation de l'histoire africaine, assure-t-il. Il a recouru au carbone 14 [technique qui consiste à dater les objets et restes organiques anciens en mesurant la quantité de Carbone 14 encore présente pour estimer leur âge, NDLR] et il a utilisé cette technique pour pouvoir dater les sites archéologiques. Sur le plan de la gouvernance, il prônait un État africain fédéral et le bicaméralisme [système politique avec deux chambres, généralement une Assemblée nationale et un Sénat, NDLR]. C'était un humaniste ».

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Égyptologue, Oum Ndingi a éclairé l'assistance sur les liens et les similitudes, découverts par l'historien sénégalais, entre plusieurs langues subsahariennes et celle d'Égypte. « Il a analysé la peau des momies pour montrer que la civilisation de l'ancienne Égypte était une civilisation négro-africaine », souligne Pierre Oum Ndigi.

« L'Afrique doit pouvoir s'approprier son histoire »

La conférence a été un véritable cours magistral sur l'histoire africaine, à en croire ces participants. « En fait, c'est un peu une remise en cause de l'histoire qui nous a été enseignés, parce qu'on est aculturé, on ne connait pas sa propose histoire », estime l'une d'entre eux. « Ce que j'ai appris là, c'est que l'Afrique doit pouvoir s'approprier son histoire et pouvoir la rendre au monde », ajoute un autre.

L'historien camerounais a enfin souligné que la polémique actuelle sur l'oeuvre de Cheikh Anta Diop, 40 ans après sa mort, rend immortel cet éminent savant.

Critiques du travail de Cheikh Anta Diop: «Il aurait tenu compte de manière un peu exagérée de momies qui ont exclusivement la peau noire» Malgré la fascination que suscite toujours Cheikh Anta Diop quatre décennies après sa mort, son oeuvre fait aujourd'hui l'objet des critiques acerbes. Patrick Mouguiama Daouda, coordonnateur de la chaire Bantouphonie de l'Université Omar Bongo énumère quelques critiques de l'oeuvre du chercheur sénégalais : « Elle a été critiquée par les linguistes qui estiment qu'il ne respecte pas les principes de la méthode orthodoxe, la linguistique comparée. Il a été critiqué aussi du point de vue de l'anthropologie culturelle. Par exemple, il tient pour Égyptiens et pour Africains des traits culturels qu'on retrouve en Océanie, par exemple l'inceste royal. Et, a contrario, il n'arrive pas toujours à expliquer pourquoi certains traits culturels de l'Égypte ont disparu. Dans les cultures africaines actuelles, l'écriture par exemple, certains styles céramiques. On lui a reproché aussi d'avoir des choix sélectifs à son avantage concernant l'anthropologie physique. De nombreuses momies seraient leucodermes, donc à la peau blanche. Il n'en a pas tenu compte. Il aurait tenu compte de manière un peu exagérée de momies qui ont exclusivement la peau noire. Mais c'est le propre d'une théorie scientifique d'être attaquée. Sinon, on est dans le domaine de la religion. »

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