Le vol de bétail préoccupe les éleveurs de la région de Sédhiou. Organisés en association, ces propriétaires de bovins et de caprins dénoncent les assassinats dont ils sont victimes. Mobilisés dans le département de Goudomp, ils dénoncent le péril qui menace cette mamelle de l'économie nationale.
GOUDOMP - Dans le sud du Sénégal, à proximité de la frontière avec la Guinée-Bissau, les éleveurs du département de Goudomp se mobilisent pour dénoncer les violences et les vols qui frappent leurs troupeaux depuis plusieurs années. Sur les abords de la piste en latérite menant à Farim, la vie reprend doucement, mais l'atmosphère reste tendue. Des hommes et des femmes, visages graves et silhouettes déterminées, se rassemblent pour exprimer leur colère et leur douleur.
À l'initiative de Séraphin Mané, président du comité de surveillance « Gginti Jaa a Brani Mmala » (« l'effort du Balantacounda » en langue balante), les manifestants rendent hommage aux éleveurs assassinés, dont Bourama Correa, Moussa Kandé, Malang Diatta, Abibou Diombaty et Ba Dobassine. « Quand on parle de bétail, je pense à eux », confie Séraphin Mané, rappelant que les responsables de ces crimes courent toujours.
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Les associations d'éleveurs, menées par Mamadou Lamine Thiabou et Ibrahima Gomis, ont répertorié les pertes : entre le 14 et le 21 janvier 2025, 600 bovins et 612 caprins ont été volés dans le département. À Yarang Balante, 77 moutons ont également disparu en mai dernier.
Avant de prendre la direction de la sous-préfecture de Simbandi Brassou pour remettre un mémorandum au représentant de l'État, les manifestants reçoivent les dernières consignes sous un manguier. Hommes et femmes arborent des brassards noirs et portent des banderoles sur lesquelles figurent les portraits des éleveurs tués, accompagnés de slogans comme : « Plus jamais ça ! » et « Justice pour les soldats de l'économie ! ».
Mamadou Lamine Thiabou raconte les attaques nocturnes : « Ils arrivent vers trois heures du matin. Quand ils t'aperçoivent autour du feu, ils tirent à bout portant, détachent tes boeufs et repartent avec. » La mémoire de Ba Dobassine, tué dans la nuit du 3 au 4 octobre 2025 à Tognataba, reste vive. Sa fille aînée, Mama Diarra Dobassine, a fait le déplacement depuis Thiès pour participer à la marche et à la cérémonie commémorative.
Face à la recrudescence des vols et des assassinats, les éleveurs demandent une meilleure protection et réclament l'octroi de permis de port d'arme. Selon Ibrahima Mendy, neveu de la famille Dobassine, « avec l'absence de protection, c'est l'économie du pays qui risque d'en pâtir ». À Goudomp, un boeuf se négocie à plus de 500.000 FCfa, et la vente de deux têtes peut assurer les besoins familiaux pendant plusieurs mois, illustrant l'importance vitale de ce secteur pour la population locale.
La marche organisée ce vendredi 16 février 2026 à Simbandi Brassou traduit l'exaspération des éleveurs, mais aussi leur volonté d'agir pour protéger leurs biens et faire respecter leurs droits face à l'insécurité persistante.