Le cabinet de recherche Peace Consult a lancé, mardi 17 février à Dakar, une étude scientifique consacrée à l'influence de l'argent dans la vie politique sénégalaise, avec un focus particulier sur les perceptions de la jeunesse.
Comment l'argent influence-t-il les choix politiques au Sénégal ? Quelle lecture les jeunes font-ils de cette réalité ? C'est à ces interrogations sensibles que Peace Consult entend apporter des réponses fondées sur des données scientifiques.
Le projet, présenté en présence de représentants de la société civile, du Bureau national de la CEDEAO et d'organisations de jeunesse, est intitulé : « L'argent en politique au Sénégal : perception des jeunes ». L'objectif est de documenter, de manière rigoureuse, l'usage de l'argent tout au long du processus politique, au-delà du financement légalement encadré des partis et des activités électorales.
Une étude centrée sur les jeunes
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« Aujourd'hui au Sénégal, plus de 75 % de la population est âgée de 18 à 35 ans. Les jeunes sont majoritaires sur les listes électorales et très présentes lors des rassemblements politiques. Il est donc essentiel de connaître leur perception de l'utilisation de l'argent en politique », a expliqué Dr Abdoul Lat Guèye, président de Peace Consult et ancien directeur de l'alerte précoce de la CEDEAO
. Prenant la parole en sa qualité de président de la jeunesse des Assemblées de Dieu du Sénégal, Théophile Besse a souligné que « la politique nous concerne directement. Nous voulons comprendre les règles du jeu et savoir comment s'organisent les compétitions politiques ».
Il a ajouté : « Nous souhaitons que l'accès à la représentation repose sur l'engagement, la compétence et le mérite, et non sur un système dominé par l'argent. »
Poursuivant son propos, il a déclaré : « Si nous ne sommes pas guidés par nos valeurs, l'argent peut devenir un piège. Nous aspirons à être une jeunesse ancrée dans des principes forts, consciente de sa responsabilité dans le développement de la nation. »
Une méthodologie rigoureuse dans six zones
Soutenue par l'Open Society Foundation, l'étude reposera sur une méthodologie combinant guides d'entretien et questionnaires administrés dans six zones ciblées : Dakar et sa banlieue, Thiès, Touba, Matam et Ziguinchor.
Les outils d'enquête seront disponibles en wolof, en pulaar et en français afin de toucher un large éventail de la population.
« Ce projet ne s'inscrit pas dans une logique accusatoire. Il relève d'une démarche scientifique rigoureuse, menée dans le respect des institutions républicaines et dans un esprit d'indépendance intellectuelle. Il s'agit d'objectiver un débat souvent dominé par des perceptions, en produisant des données fiables », a précisé Mamadou Moustapha Seck, représentant du Bureau national de la CEDEAO à Dakar.
Consolider la démocratie par la connaissance
L'étude analysera les représentations sociales liées à l'argent en politique, les mécanismes formels et informels qui structurent la compétition électorale, ainsi que leurs effets sur la participation citoyenne et la confiance envers les institutions.
« Il ne s'agit pas de remettre en cause les institutions de notre pays, bien au contraire. L'objectif est de renforcer la confiance, de consolider le dialogue et de contribuer à une démocratie plus inclusive », a insisté Théophile Besse.
En conclusion, Mamadou Moustapha Seck a rappelé qu'« une démocratie solide repose autant sur la force de ses institutions que sur le savoir et la qualité de la confiance citoyenne. La production de connaissances constitue ainsi un levier essentiel de stabilité ». Les résultats de l'étude, attendus dans les prochains mois, devraient déboucher sur des recommandations destinées à renforcer l'équité et la participation citoyenne dans le processus politique sénégalais.