Le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, s'est longuement exprimé, ce mardi, sur les circonstances du décès de l'étudiant Abdoulaye Ba, survenu dans un contexte de troubles au sein du campus universitaire.
Face aux nombreuses interrogations et aux rumeurs persistantes, le magistrat a livré les premiers éléments de l'enquête, tout en appelant à la prudence.
La piste de l'incendie au coeur de l'enquête
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Selon le procureur, l'enquête privilégie avant tout la piste d'un incendie qui serait à l'origine du drame. « Nous devons justice à Abdoulaye Ba. Nous allons poursuivre la piste de l'incendie à l'origine de sa mort », a-t-il déclaré. À ce stade, l'origine exacte du feu n'est pas encore établie. Les enquêteurs explorent plusieurs hypothèses, notamment l'usage de gaz lacrymogène, un cocktail Molotov ou un court-circuit électrique. « Une chose est certaine : sans cet incendie, Abdoulaye Ba n'aurait pas sauté », a insisté le procureur.
« Si l'enquête permet d'établir que l'incendie est d'origine volontaire et que, du fait de son auteur, ce jeune a été contraint de se jeter par la fenêtre pour sauver sa vie, avant de malheureusement s'écraser sur l'asphalte, ce comportement pourrait être qualifié, sur le plan juridique, comme ayant indirectement causé la mort de la victime. Et ce, même en l'absence d'intention de donner la mort. Une telle situation relèverait alors des poursuites du chef d'homicide involontaire. », indique Procureur Ndoye
Qui précise qu' « il en irait de même si l'enquête, toujours en cours, venait à établir que les étudiants, cherchant à échapper à un épais écran de fumée, n'ont pu emprunter le couloir pour évacuer le bâtiment, étant piégés par la fumée noire et les flammes entravant toute respiration. Contraints de passer par la fenêtre, faute d'alternative, ils se seraient trouvés dans cette situation parce que l'issue de secours était scellée par des personnes actuellement en cours d'identification, alors même que la vocation première d'une issue de secours est de permettre l'évacuation rapide et sécurisée des personnes en danger lors d'un sinistre. »
Une issue de secours scellée, une question centrale
L'autre axe majeur de l'enquête concerne l'issue de secours du troisième étage, qui aurait été condamnée. Selon le parquet, les étudiants se seraient retrouvés contraints de fuir par les fenêtres, l'issue de secours étant fermée. « Le propre d'une issue de secours est de faciliter l'évacuation des personnes en danger », a rappelé le procureur, avant de s'interroger : « Peut-on, au nom de la sécurité, mettre en péril celle des autres ? » Des personnes soupçonnées d'avoir scellé cette porte sont actuellement en cours d'identification. Le procureur a confirmé disposer d'un début d'explication évoquant des raisons de sécurité, tout en précisant que l'enquête devra établir d'éventuelles responsabilités.
Aucune preuve de violences physiques à ce stade
Le parquet a également tenu à lever toute ambiguïté concernant d'éventuelles violences physiques.
« Nous ne pouvons pas établir l'existence d'un contact physique. Dans ces conditions, nous ne pouvons raisonnablement engager des poursuites pour homicide volontaire, assassinat ou coups mortels », a affirmé le procureur.
Il a été formel : « Abdoulaye Ba n'a pas été torturé ni battu. Sa mort résulte, nous le déplorons, d'une chute du quatrième étage, au cours de laquelle il a heurté l'asphalte. » Cette position du parquet est confortée par les conclusions de l'autopsie. Selon le rapport médico-légal, « le décès d'Abdoulaye Ba résulte d'une hémorragie interne abondante avec état de choc, consécutive à un ensemble de contusions cérébrales et thoraco-abdominales. Les lésions siègent sur la zone postéro-latérale gauche ».
Des constatations qui, selon le procureur de la République, Ibrahima Ndoye, sont compatibles avec une chute violente et ne permettent pas, à ce stade de l'enquête, d'établir l'existence de coups, de sévices ou d'un contact physique préalable. À ce stade, les éléments recueillis « ne permettent pas de corroborer l'hypothèse selon laquelle des violences auraient été exercées sur son corps », selon Ibrahima Ndoye.
Des agents de sécurité et de police entendus
Dans le cadre de la procédure, plusieurs acteurs ont déjà été auditionnés.
« Les agents de sécurité du COUD ainsi que les agents du service médico-social de l'UCAD ont été entendus sur les circonstances du décès », a précisé le procureur. Par ailleurs, des policiers aperçus dans des vidéos en train de saccager des motos sont également concernés par l'enquête. « Ils seront poursuivis après identification », a assuré le magistrat.
En conclusion, le procureur a insisté sur le caractère évolutif de la procédure. « Les personnes auditionnées sont connues, qu'il s'agisse des étudiants, des agents du Coud, du personnel médical, des agents de police ou de certains gradés de la police. Nous n'entendons protéger personne », a prévenu le Procureur de la République.
Il a ajouté : « L'enquête arrivera à son terme dans les prochains jours. Un document écrit vous sera communiqué et nous reviendrons vers vous pour vous exposer de manière précise les éléments définitivement établis ainsi que l'option finale qui sera retenue. »