Depuis plusieurs années, le village de Yaféra, commune située à 35 kilomètres de Bakel, vit sous la menace récurrente des crues du Fleuve Sénégal. Mais les inondations enregistrées en 2024 et 2025 ont atteint un niveau rarement observé, plongeant la localité dans une crise humanitaire, sociale et économique profonde. Habitants, champs agricoles et infrastructures essentielles ont été submergés, bouleversant durablement l'organisation du village.
Les dégâts matériels ont été considérables. Plusieurs maisons en banco se sont effondrées sous la pression de l'eau, laissant des familles sans abri. Les routes et pistes rurales ont été fortement dégradées, compliquant l'accès aux services de base et ralentissant les opérations d'assistance.
Les terres agricoles, principal moyen de subsistance des populations, ont été gravement touchées. Les écoles ont dû être temporairement transformées en sites d'accueil pour les sinistrés, perturbant la scolarité des élèves. Malgré l'ampleur de la catastrophe, aucune perte humaine n'a été enregistrée, même si plusieurs familles ont dû être déplacées pendant de longues périodes.
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Les pertes agricoles ont été particulièrement importantes. Une grande partie des champs situés près du fleuve a été submergée, entraînant la destruction de nombreuses cultures déjà en place. Selon les estimations locales, plusieurs dizaines d'hectares de terres cultivées ont été touchées. Une bonne partie des cultures de maïs, niébé, piment et maraîchage a été perdue, et certains producteurs ont perdu la totalité de leur campagne agricole. Des études de terrain ont été menées, mais les chiffres officiels ne sont pas encore disponibles.
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Malgré ces difficultés, les populations ont su s'adapter. Les terres restées hors d'atteinte des eaux, notamment celles situées en hauteur, ont été exploitées pour sauver une partie de la production. Après la décrue, les agriculteurs ont pratiqué les cultures de décrue. L'eau du fleuve laisse derrière elle des terres enrichies par les alluvions, ce qui a permis la production de maïs, d'oignons, de piment, de niébé et d'autres cultures maraîchères. Même si la production n'a pas été normale, les récoltes ont permis de limiter l'impact sur la sécurité alimentaire locale.
Dans ce contexte difficile, la solidarité communautaire s'est imposée comme un pilier essentiel. La jeunesse du village, notamment à travers l'action de Amicale des Jeunes de Yaféra, s'est mobilisée pour évacuer les personnes vulnérables, surveiller l'évolution du niveau des eaux et soutenir les familles sinistrées. Dans le secteur agricole, le partage de semences, l'entraide dans les travaux champêtres et quelques appuis extérieurs en intrants agricoles ont permis de limiter les pertes.
L'État du Sénégal a apporté une assistance d'urgence, principalement sous forme de vivres et de tentes. Si cette aide est saluée par les populations, elle reste jugée insuffisante face à l'ampleur des destructions. Les habitants appellent désormais à des solutions structurelles, notamment la construction d'une digue de protection capable de sécuriser durablement le village contre les futures crues.
Sur le plan sanitaire, des opérations de nettoyage et des campagnes de sensibilisation ont été organisées pour prévenir la propagation des maladies liées aux eaux stagnantes. Le secteur éducatif, fortement perturbé pendant les inondations, a progressivement repris grâce à l'engagement des enseignants, des parents et des autorités locales.
Après la décrue, la population s'est engagée dans un vaste effort de reconstruction. Le nettoyage du village, la réhabilitation des habitations et la relance des activités agricoles ont constitué les priorités immédiates. Cependant, de nombreuses familles continuent de manquer de moyens financiers pour reconstruire leurs maisons de manière durable.
Aujourd'hui encore, le village reste vulnérable. Les populations réclament la construction urgente d'une digue, l'aménagement de canaux d'évacuation des eaux, un accompagnement agricole renforcé et la mise en place d'un plan de relogement durable. Comme le souligne Khalilou Timera, la communauté reste résiliente, mais elle fait face à des défis structurels importants.