Dans la matinée du lundi 16 février, à 06 h 52 (heure de Maurice), quatre Chagossiens ont posé le pied sur le sable de l'île du Coin, dans l'atoll de Peros Banhos. Un geste simple, mais chargé de 50 ans de mémoire, de douleur et de résistance. Plus de 50 ans après que les autorités coloniales britanniques ont expulsé leurs familles, ils revendiquent aujourd'hui le droit de revenir et de reconstruire leur foyer.
À leur tête, Misley Mandarin, autoproclamé First Minister du Chagossian Governmentin-Exile, accompagné de son père, Michel Mandarin, 72 ans, natif des îles, d'Antoine LeMettre, 67 ans, et de Guy Castel. Face à l'océan Indien, Misley Mandarin a déclaré : «Le temps est critique pour nous», rappelant que 322 Chagossiens nés sur ces îles sont encore vivants et qu'il faut leur permettre de revenir. «Nous sommes des Chagossiens britanniques. Nous venons de cette île. Et nous sommes ici pour rester. God save the King. God save the United States of America.»
Misley Mandarin en compagnie de son père, Michel Mandarin, aujourd'hui âgé de 72 ans.
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Michel Mandarin se souvient de l'expulsion, de la traversée vers Maurice, des quais et des nuits passées à dormir sur le sol chez un voisin faute de domicile ou de travail. «Venir à Maurice n'a pas été facile. Il n'y avait pas de travail. Nous avons dû dormir chez un voisin parce que nous n'avions pas de maison», raconte-t-il, avant d'appeler chaque Chagossien à revenir pour «vivre comme avant l'exil, travailler ensemble et construire un avenir meilleur».
Antoine LeMettre évoque une enfance marquée par la précarité : «J'allais au marché récupérer des légumes pourris dans les poubelles pour nourrir ma famille. Ce n'était pas seulement moi. Tous les Chagossiens vivaient la même souffrance.»
«J'allais au marché récupérer des légumes pourris dans les poubelles pour nourrir ma famille», relate Antoine LeMettre, 67 ans, décrivant les conditions de vie précaires après leur arrivée à Maurice.
Au-delà de l'émotion, le geste est politique. Misley Mandarin veut empêcher le projet britannique de transférer la souveraineté des Chagos à Maurice. Il interpelle le Premier ministre britannique, sir Keir Starmer : s'il avait «l'audace» d'expulser à nouveau les insulaires, il ne mériterait «ni de se dire avocat des droits humains ni d'être à la tête d'un grand pays comme la Grande-Bretagne».
Il met aussi en garde sur la base américaine de Diego Garcia, affirmant que Maurice, qu'il décrit comme un allié de la Chine, pourrait fragiliser son fonctionnement si les Chagossiens étaient écartés.
Adam Holloway, ancien député britannique, ex-officier de l'armée et ancien journaliste d'ITN.
Les quatre hommes sont accompagnés d'Adam Holloway, ancien député britannique, ex-officier et ancien journaliste d'ITN, qui a aidé à lever des fonds et à organiser le retour. Ce dernier qualifie l'accord de rétrocession de «complètement fou» et d'«insensé» de verser des milliards à «des politiciens corrompus mauriciens» plutôt que d'investir dans la défense britannique.
«Nous avons fait cela parce que la Grande-Bretagne est sur le point de commettre une erreur stupide. Nous sommes dans un monde de rivalités entre grandes puissances. La base de Diego Garcia est absolument essentielle à la sécurité de l'Occident», insiste-t-il.
Après avoir accosté, le groupe a publié une Déclaration de retour et des notes juridiques détaillant, selon eux, le droit à l'autodétermination du peuple chagossien. Aucune réaction officielle britannique n'a été communiquée dans l'immédiat.