L'Unité de formation et de recherche en sciences des arts, des industries culturelles et de la communication (Ufr Saicc) a tenu un colloque scientifique international d'envergure consacré à la critique d'art et à la création contemporaine en Afrique. L'événement s'est déroulé du mardi 10 au jeudi 12 février 2026.
Intitulée « Repenser la critique d'art : regards sur la création contemporaine en Afrique », cette rencontre a rassemblé universitaires, critiques, artistes et acteurs culturels autour des transformations profondes qui redéfinissent aujourd'hui le paysage artistique africain.
Parmi les intervenants figurait Nadine Priam-Plesnage, ancienne journaliste culturelle à France Télévisions durant vingt-six ans, désormais investie dans les réflexions sur la patrimonialisation, la muséologie contemporaine et la culture visuelle. Elle a présenté une communication très remarquée : « Critique d'art en mutation : écrire depuis les territoires, à l'ère des plateformes ».
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Adoptant un ton à la fois personnel et analytique, elle a choisi de se présenter non pas à travers ses titres universitaires, mais à partir de son parcours professionnel, marqué par le journalisme, le marché international de l'art et une immersion constante dans les milieux artistiques africains et diasporiques. Originaire de Martinique, elle a évoqué une expérience vécue lors d'une foire d'art africain à Paris.
Face à un portrait de femme qui l'avait profondément touchée, elle s'est dite surprise par le commentaire d'un galeriste, réduit à une simple appréciation esthétique de la coiffure représentée. Pour elle, cette scène illustre le décalage persistant entre certaines lectures dominantes et la richesse symbolique des univers dont sont issues les oeuvres africaines.
Selon Nadine Priam-Plesnage, la critique d'art africaine bénéficie aujourd'hui d'une visibilité accrue grâce aux outils numériques -- réseaux sociaux, blogs, podcasts -- qui ont favorisé l'émergence de voix longtemps restées en marge. Toutefois, cette ouverture n'est pas sans ambiguïtés : rapidité des formats, logique de l'attention immédiate, influence des algorithmes. Elle rappelle avec force que « être visible ne signifie pas nécessairement être compris », mettant en garde contre la confusion entre diffusion et profondeur d'analyse.
Au centre de sa réflexion se trouve une interrogation fondamentale : depuis quel lieu -- symbolique, culturel, linguistique -- écrivons-nous la critique d'art africaine ?
Écrire depuis les territoires implique, selon elle, d'ancrer le regard critique dans des contextes porteurs de sens : langues, mémoires, héritages historiques, cosmologies. Elle souligne notamment l'importance de la question linguistique, souvent négligée. La prédominance des langues internationales continue d'orienter la production du savoir esthétique, au détriment des notions et des cadres de pensée propres aux langues africaines.
S'appuyant sur les travaux de penseurs tels que Ngũgĩ wa Thiong'o ou Boaventura de Sousa Santos, elle a évoqué le concept d'« épistémicide », c'est-à-dire l'effacement progressif de systèmes de connaissance. Selon elle, ce phénomène se manifeste aujourd'hui de manière plus diffuse à travers les dispositifs numériques.
Face à ces enjeux, elle plaide pour l'émergence d'une véritable tradition d'écriture critique africaine et diasporique, capable de contextualiser les oeuvres, d'en transmettre la complexité et de prendre le temps de l'analyse. Il s'agirait d'une critique structurante, non réduite à la promotion, attentive à la pluralité des récits et à la diversité des mémoires.
Ce colloque aura ainsi affirmé une ambition claire : envisager la critique d'art comme un outil intellectuel et politique, indispensable pour penser la création contemporaine africaine à partir de ses propres référents et de ses propres horizons.