Sénégal: Awa Sarr Rivet Sy - «La filière sel est un bon canal d'insertion professionnelle» (3/5)

18 Février 2026

« Le Comptoir du Sel » entend jouer pleinement sa partition dans le développement de la filière au Sénégal. C'est l'ambition affichée par sa fondatrice, Mme Sy, née Awa Sarr Rivet. Avec une exploitation d'une centaine d'hectares à travers les << Marais salants de Sing-Sing », la native de Kaolack s'est fixée pour mission de valoriser le sel local avant de conquérir le marché international.

Quelles sont, aujourd'hui, votre capacité annuelle de production et vos perspectives à moyen terme ?

Le Comptoir du Sel s'inscrit dans la chaîne de valeur de la production issue de mes propres marais, les « Marais salants de Sing-Sing ». Actuellement, nous produisons entre 2.500 et 5.000 tonnes par an. À l'horizon 2030, notre ambition est d'atteindre une production brute comprise entre 20.000 et 30.000 tonnes.

Quelles sont vos principales destinations commerciales?

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Le Comptoir du Sel a créé sa propre marque, déposée à l'Oapi, dénommée « Xorom Nala». Nous fournissons déjà des industriels de l'agroalimentaire, notamment Patisen. Dans les prochaines semaines, nous lancerons sur le marché local de petits conditionnements sous différents formats, avec une exclusivité pour la région de Kaolack dans un premier temps. À court terme, nous envisageons d'exporter dans la sous région. Nous espérons que ce produit de viendra une fierté nationale.

A quelles contraintes faites-vous face?

Les défis sont nombreux lorsqu'on parle d'industrialisation dans des zones peu adaptées. Nous avons réussi à mettre en place une unité fonctionnelle, actuellement en phase d'expansion. Mais l'urgence est de lever certaines contraintes techniques, administratives et fi- nancières afin de sécuriser les investissements. Le développement de la filière nécessite des ressources humaines qualifiées. Nous invitons les étudiants et les universités de la région à s'intéresser davantage à ce secteur stratégique, car cette filière est un bon canal d'insertion professionnelle et de développement pour la zone centre.

C'est aussi l'occasion de remercier les partenaires qui nous ont accompagnés. Parmi eux, figurent le Réseau Entre- prendre Dakar (Red), le programme Invest for Jobs de la Giz, à travers le projet Emplois sel, le Bureau de mise à niveau, Enabel, à travers son programme « Gungué Mbay», la Chambre de commerce de Kaolack, les Salins du Sine-Saloum pour la mise à niveau de notre industrie, ainsi que les différents services techniques de la région.

Avez-vous des projets de modernisation de votre site?

Pour l'usine « Le Comptoir du Sel »>, nous ambitionnons d'acquérir des équipements permettant la production de sel raffiné. Il s'agit de convoyeurs, de broyeurs, de tamiseurs, de sécheurs et d'un système d'iodation. Concernant les « Marais salants de Sing-Sing », nous visons une récolte semi-mécanisée, avec des installations modernes de lavage et de stockage.

Lire aussi : Production et valorisation du sel à Kaolack : « Le Comptoir du Sel » montre l'exemple (2/5)

Qui dit modernisation et extension, dit foncier. Rencontrez-vous ce genre de difficultés ?

Oui, comme beaucoup d'acteurs. La production de sel se fait sur des terres spécifiques appelées «tannes», difficiles à mettre en valeur. Ces zones, situées à proximité du fleuve, ne peuvent accueillir ni agriculture, ni élevage, ni habitation. La seule valorisation possible reste la création de ma- rais salants. Pour sécuriser les investissements et pérenniser les emplois, nous demandons une facilitation des procédures administratives liées au foncier.

Quelle est votre vision à long terme pour la filière sel au Sénégal ?

Le Sénégal dispose d'atouts exceptionnels. Nous avons une saison sèche de neuf mois et un accès aux eaux marines, de l'océan au fleuve Saloum. Il est impératif de développer cette filière afin d'approvisionner l'ensemble des pays d'Afrique de l'Ouest. Nous devons créer des sites capables de produire un sel de mer de haute qualité, un sel pur répondant aux exigences des agro- industriels. Ce sel pourrait bénéficier d'un label « Made in Sénégal », garantissant des standards élevés.

Quel rôle doit jouer l'État pour que le sel local puisse s'imposer durablement sur le marché international

L'État doit investir dans les infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et fluviales afin de réduire les coûts logistiques et d'améliorer la compétitivité du sel sénégalais sur le marché ouest-africain. Il est également crucial de respecter la libre circulation des marchandises au sein de la Cedeao. Aujourd'hui, des barrières douanières, notamment au Nigeria, freinent l'accès au marché alors que les besoins de ce pays sont très importants.

Enfin, certaines réglementations doivent être adaptées. L'iodation doit rester obligatoire pour le sel alimentaire pour des raisons de santé publique, mais elle ne devrait pas s'imposer au sel destiné à des usages industriels non alimentaires.

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