Réputé très qualitatif, le sel de Soum, dans le département de Foundiougne, n'est pourtant pas exploité à sa juste valeur. À défaut de mécanisation, l'exploitation reste jusque-là à l'état traditionnel. L'essentiel du travail se fait manuellement. Or, selon certains témoignages, ce site de production, qui s'étend sur plus de 100 hectares et avec une production annuelle de 15.000 tonnes, peut générer beaucoup de revenus pour le bonheur des populations de toute la région, avec bien entendu l'accompagnement de l'État.
FOUNDIOUGNE - Plusieurs centaines de puits de sel sont disposés sur une vaste étendue de terre à l'ouest de Soum. Dans cette commune du département de Foundiougne, les champs artificiels de l'or blanc s'étendent à perte de vue. Bien que l'accès au site reste compliqué, les populations de Soum ont quand même retroussé leurs manches pour aller exploiter, tant bien que mal, la ressource. Sur ce site, la majorité des puits ne contient pas encore de sel. Autrement dit, l'eau ne s'est pas totalement évaporée, même si quelques particules blanches commencent à apparaître.
En cette mi-journée, la chaleur est relativement intense. La solitude semble dominer sur le site. En plus des puits ou champs de sel à foison, des morceaux de tissu sont éparpillés à travers le vaste terrain. Ces matières plus ou moins abîmées en disent long sur la nature du travail abattu sur le site. Ici, c'est plus qu'une corvée. L'essentiel se fait à la main, ce qui en fait une tâche laborieuse. À quelques distances des puits, le sel déjà extrait est modestement amoncelé.
Un vieil homme se penche et prend une poignée pour montrer la qualité du produit. Une autre personne, plus jeune, se sert d'un sachet vide qu'elle finit par remplir. « C'est un sel de qualité. C'est vraiment épatant ! », déclare le jeune homme. Une appréciation qui consolide l'idée selon laquelle le sel de Soum est le meilleur en termes de qualité sur le plan national. Pourtant, en l'absence d'outils modernes, les producteurs se livrent presque à un travail de forçat.
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Une activité qui bat de l'aile
La note positive attribuée au sel de Soum est bien justifiée. En effet, des autorités en ont parlé, preuves à l'appui. Dans son bureau, Moustapha Ngor Léon Diop est entouré de plusieurs documents disposés sur sa table. Maire de Soum de 2009 à 2022, le vieil homme est actuellement président de la commission Coopération décentralisée au Conseil départemental de Foundiougne. C'est un fin connaisseur du site. De ses propos, on peut retenir que le sel de Soum est sans égal, du moins selon une étude menée par une mission d'experts venue de l'île de Ré, en France. À en croire cet homme du troisième âge, les analyses effectuées par ces derniers ont montré la qualité unique du sel de Soum.
Cependant, les conditions de travail pour l'obtention de cette matière tant vantée sont d'une pénibilité déconcertante. Déjà, à la différence de plusieurs autres producteurs de l'or blanc, ceux de Soum pratiquent encore des méthodes traditionnelles. Ainsi, à l'ancienne, ils creusent les puits à l'aide de pelles jusqu'à atteindre l'eau. Ils la laissent s'évaporer sous l'effet du soleil avant que le sel n'apparaisse.
Que ce soit le creusage des puits, le décapage, la récolte ou l'extraction du sel, tout se fait manuellement. D'ailleurs, c'est pour cette raison que M. Diop souhaite une mécanisation du travail. Mieux, il estime qu'il faudrait aller vers la formation et l'équipement des acteurs, mais aussi les organiser en coopératives, comme le suggère Tamsir Bop, originaire du village de Soum. D'après lui, la vente pêle-mêle constitue un frein à l'étape commerciale du produit. « Chacun vend son produit comme il l'entend. Il n'y a aucune organisation », se désole-t-il.
L'urgence de sauver un bijou
S'étendant sur une superficie de 134 hectares, la surface exploitable du site de Soum peut générer un nombre important d'emplois et devenir le poumon économique du département, voire de la région. Comme le laisse entendre Moustapha Ngor Léon Diop, « si ce site est bien exploité, avec bien sûr l'accompagnement de l'État, les populations de cette zone n'auront même plus besoin de compétences transférées pour se développer ».
Pour confirmer les propos de M. Diop, Tamsir Bop rappelle que plusieurs jeunes et femmes du village trouvent leur compte sur le site. « Ceux qui creusent les puits, la main-d'oeuvre pour l'extraction, les charrettes qui transportent les sacs, etc., autant d'activités qui créent de l'emploi », confie M. Bop.
Aussi, dans la ville de Fatick, où se trouvent également des champs de sel, la récolte reste timide. D'après Marie Diouf, surnommée « la reine du sel », 60 % des acteurs n'ont pas encore récolté. Quant à elle, elle a commencé depuis le mois de janvier. « J'ai déjà récolté et vendu 105 tonnes de sel depuis lors », renseigne-t-elle.
Aujourd'hui, partout où il y a exploitation de sel, les acteurs appellent à un accompagnement de la filière. Le vieux Tamsir Bop est même allé plus loin en demandant la création de points de stockage. Mieux, il souhaite l'érection d'une usine de sel à Soum pour booster la production et faciliter la commercialisation. Cependant, cela passe d'abord par l'amélioration des conditions d'accès au site et par une meilleure organisation des acteurs avec l'appui des autorités.