A travers le Centre de Suivi Ecologique (CSE), le Sénégal a procédé hier, mardi 17 février, à la clôture du projet de Coopération Régionale pour de Nouveaux Indicateurs de Comptabilité Ecosystémique en Afrique (COPERNICEA). Financé à hauteur de 2 millions d'euros sur cinq ans pour six pays africains, ce programme mis en oeuvre par l'Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) marque une étape décisive dans l'intégration du capital naturel dans les politiques publiques et la planification du développement durable du pays.
Face à la dégradation continue des écosystèmes et à l'érosion des services qu'ils rendent comme l'alimentation, l'eau, le stockage du carbone, la régulation du climat ou encore la préservation de la biodiversité, la communauté internationale s'est engagée depuis plusieurs années à mieux intégrer la valeur de la nature dans les décisions économiques. Dans le sillage des initiatives portées par le système des Nations unies, la mise en oeuvre d'un système de comptabilité économique et environnementale s'impose progressivement comme un levier stratégique.
C'est dans cette dynamique que s'inscrit le projet COPERNICEA. Selon Mme Seck Marieme Diallo, point focal pays, l'initiative vise à doter six États africains ( Burkina Faso, Guinée, Niger, Sénégal, Maroc et Tunisie) d'outils techniques et méthodologiques pour mettre en place une comptabilité des écosystèmes. L'objectif est clair : mesurer, suivre et gérer durablement le capital naturel afin d'éclairer les politiques publiques.
Au Sénégal, le projet a permis l'élaboration de quatre comptes majeurs : le compte de la couverture des terres, le compte du carbone, le compte de l'eau et le compte de la biodiversité. Ces instruments offrent une lecture fine de l'état des ressources naturelles, de leur dégradation ou de leur amélioration, et constituent un appui à la planification territoriale.
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Pour Mme Seck, la Comptabilité écosystémique du capital naturel (CECN) représente un outil d'aide à la décision incontournable. Elle permet d'orienter les choix en matière de gestion des ressources naturelles, d'aménagement du territoire et de conservation des habitats et des espèces.
Présidant l'atelier de clôture, Dr Serigne Momar Sarr, Conseiller technique au ministère de l'Environnement et de la Transition écologique (METE), a salué le leadership du CSE sous la conduite de son directeur général, Cheikh Mbow. Il a rappelé que les décideurs ont besoin de données probantes pour agir efficacement. « La comptabilité écosystémique contribue à révéler la véritable richesse des nations », a-t-il souligné, estimant que le capital naturel constitue le socle sur lequel reposent toutes les activités économiques.
Selon lui, la méconnaissance des potentialités des territoires a longtemps freiné leur valorisation. En intégrant ces richesses dans les comptes nationaux, les autorités pourront mieux transformer ces atouts en retombées économiques au bénéfice des communautés. Il a également plaidé pour une approche intersectorielle renforcée, impliquant agriculture, environnement et assainissement, afin de maximiser l'impact des politiques publiques.
Partenaire financier du projet, l'Agence française de développement (AFD) a réaffirmé son engagement en faveur de la biodiversité. Son chargé de projet, Adrien Groul, a rappelé que l'institution s'est alignée sur le cadre mondial de Kunming-Montréal pour la protection de la biodiversité. Il a insisté sur la nécessité de doter les États d'outils capables de replacer la santé des écosystèmes au coeur des stratégies de développement.
Pour Cheikh Mbow, le capital naturel est « la mère de tous les capitaux ». Sans lui, ni capital financier, ni capital humain, ni capital matériel ne peuvent prospérer. Il estime que si la valeur réelle des écosystèmes était intégrée dans les indicateurs macroéconomiques, de nombreux pays africains apparaîtraient comme de véritables puissances en raison de l'abondance de leurs ressources naturelles.