La sécurité des ouvriers effectuant des travaux externes est de nouveau au coeur du débat public. La chute mortelle d'un maçon du deuxième étage d'un établissement scolaire, il y a une semaine, a relancé avec force les préoccupations exprimées de longue date par les syndicats. Ce drame porte à deux le nombre de décès survenus dans des circonstances tragiques au sein de ce même collège.
Pour l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), cet accident constitue une nouvelle sonnette d'alarme. Son président, Arvind Bhojun, souligne que les deux drames survenus dans cet établissement, bien que concernant des métiers différents, posent des questions similaires en matière de responsabilité et de sécurité.
Le premier cas, celui de Kevin Ramlall qui avait fait une chute en 2023 et décédé en janvier 2024, avait suscité de vives réactions. Aujourd'hui, avec le décès de Bikash Bhukory, intervenu durant les heures de classe le 10 février, le syndicat estime que des éclaircissements s'imposent. «Même si ce travailleur ne faisait pas partie du personnel permanent de l'école, les faits se sont produits pendant les heures scolaires. À ce moment précis, il travaillait sur le site de l'établissement. La question de la supervision et du respect des normes de sécurité se pose donc», avance Arvind Bhojun.
Le président de l'UPSEE affirme attendre toujours une prise de position formelle de la Private Secondary Education Authority concernant le précédent drame. Selon lui, l'absence de communication claire entretient un sentiment d'opacité. «La famille de Kevin Ramlall est toujours dans l'attente. Elle souhaite comprendre où en est l'affaire et si des responsabilités ont été établies», confie-t-il, appelant à davantage de transparence de la part des autorités compétentes.
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Au-delà des circonstances exactes de l'accident, le syndicaliste soulève une question plus large : est-il approprié d'entreprendre des travaux en hauteur quand les élèves sont présents ? «Si un objet était tombé sur un enfant, que se serait-il passé ? Toutes les mesures de sécurité ont-elles été prises pour protéger à la fois les travailleurs, le personnel et les élèves ?», interroge-til. Il insiste sur la nécessité pour les gestionnaires d'établissements de veiller à ce que les entreprises mandatées respectent strictement les normes en vigueur, notamment en matière d'équipements de protection individuelle.
Un projet de loi en préparation
Ces préoccupations ne se limitent pas à un seul établissement. Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun affirme avoir observé des situations préoccupantes sur différents chantiers, notamment dans la région de Port-Louis. Selon lui, certains travailleurs - Mauriciens comme étrangers - exécutent des tâches physiques lourdes sous une forte chaleur, parfois sans équipements adéquats. «À midi, sous un soleil intense, on voit des ouvriers travailler sans casque, sans gants ou sans bottes appropriées. Certains s'enveloppent la tête d'un morceau de tissu pour se protéger», déplore-t-il.
Il évoque également des ouvriers creusant des fossés sans protections suffisantes, ainsi que des travailleurs semblant souffrir de vertiges en raison des conditions difficiles. Pour le syndicaliste, ces constats traduisent un déficit de vigilance et de contrôle sur certains sites. «Il faut respecter les droits du travailleur, mais aussi sa dignité en tant qu'être humain», insiste-t-il. Appelant les employeurs à assumer pleinement leurs responsabilités, il exhorte également les ouvriers à réclamer les équipements nécessaires lorsqu'ils effectuent des tâches à risque.
La question de la responsabilité est centrale dans ce débat. Les syndicats estiment que les entreprises doivent veiller à ce que chaque travailleur, qu'il soit salarié ou sous-traitant, bénéficie d'un encadrement sécurisé et d'équipements conformes aux normes. Pour les représentants syndicaux, ces récentes tragédies doivent marquer un tournant. Ils appellent à des inspections plus rigoureuses, à une application stricte des règlements et à des sanctions dissuasives en cas de manquements avérés.
Du côté du ministère du Travail, on indique qu'un projet de loi est en préparation afin de renforcer les obligations en matière de sécurité, en particulier dans le secteur de la construction. Les autorités soulignent qu'un nombre significatif de personnes intervenant sur les chantiers sont des travailleurs indépendants (self-employed), qui ne sont pas toujours couverts par les mêmes dispositifs de protection. Le futur texte viserait à rendre obligatoire le port d'équipements de protection pour tous les intervenants sur les sites de construction, y compris les indépendants. L'objectif affiché est de combler les zones grises existantes et de prévenir les accidents graves ou mortels.
Au-delà des débats institutionnels, ces événements rappellent la réalité quotidienne de nombreux ouvriers qui, pour subvenir aux besoins de leurs familles, continuent à travailler dans des conditions parfois difficiles. La sécurité sur les chantiers, insistent les syndicats, ne devrait jamais être perçue comme une contrainte administrative, mais comme une priorité absolue.