Ile Maurice: De Maurice à la Floride - Le voyage éprouvant des macaques de laboratoire

18 Février 2026

L'histoire commence par une caisse de transport oubliée. Fin janvier, des macaques quittent Maurice pour les États-Unis. Destination : la Floride, où la filiale américaine de Bioculture Mauritius, BC US LLC, gère un centre de quarantaine dédié à la recherche biomédicale.

Selon People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), une organisation non gouvernementale (ONG) américaine, un singe aurait passé plus de 28 heures dans des conditions éprouvantes avant d'être retrouvé, plusieurs jours plus tard, dans un conteneur destiné aux déchets biologiques. L'alerte sur les conditions du vol avait déjà été lancée par Action for Primates, Monkey Massacre in Mauritius et Cheshire Animal Rights Campaigns.

Trois vols, deux escales

D'après ces ONG, le vol SkyTaxi IGA418 a quitté Maurice le 27 janvier à 21 h 18 pour atterrir à Miami le 28 janvier à 17 h 10. Un voyage en trois segments, avec escales à Toulouse, en France, et à New York. Le premier vol, Maurice-Toulouse, a duré plus de 12 heures. L'escale n'aurait duré qu'une heure et 12 minutes, un laps de temps jugé insuffisant pour vérifier individuellement l'état des animaux, et leur fournir eau et nourriture. Le trajet s'est poursuivi vers New York, puis Miami.

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Les ONG soulignent que ces 28 heures ne tiennent pas compte des longues opérations de chargement, de déchargement, et des transports routiers vers et depuis les aéroports. Les macaques voyagent individuellement dans des caisses étroites, ce qui accroît leur stress.

«Défaillance opérationnelle»

Dans son communiqué du 9 février, BC US LLC reconnaît une «défaillance opérationnelle» lors du processus de quarantaine : un primate serait resté dans sa caisse avant que celle-ci ne soit placée dans un conteneur sécurisé destiné aux déchets biologiques. L'entreprise assure que l'animal n'a jamais été abandonné dans une benne ouverte et qu'il est resté dans un conteneur conforme aux normes du Center for Disease Control and Prevention et de l'United States Department of Agriculture (USDA). Retrouvé hors site, il a été euthanasié pour des impératifs de biosécurité.

Pour Mansa Daby, fondatrice de Monkey Massacre in Mauritius, l'affaire dépasse l'erreur humaine. Elle estime que cet incident révèle un système où les macaques capturés à Maurice sont expédiés vers des installations appartenant au même groupe à l'étranger. «Une entreprise ne peut pas réellement s'acheter à elle-même», souligne-t-elle.

Les ONG rappellent que d'autres transports ont duré jusqu'à 40 ou 44 heures en 2025, avec cinq à sept escales internationales. En juillet 2025, un transport de 500 macaques vers Miami avait révélé, lors d'une inspection de l'USDA, l'absence d'eau fournie à la fréquence requise, violant les réglementations américaines sur le bien-être animal.

Conformité internationale

Les ONG pour la protection animale estiment que ces conditions pourraient contrevenir à l'article IV de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, qui impose que tout spécimen vivant exporté soit préparé et transporté de manière à minimiser les risques de blessure ou de traitement cruel.

BC US LLC, créée en 2014 après la fermeture du site israélien Mazor, se présente comme un acteur clé de la recherche biomédicale mondiale, notamment pour les travaux sur Alzheimer, Parkinson et certains cancers, où l'utilisation de primates reste, selon l'entreprise, «irremplaçable». Mais l'image d'un singe retrouvé parmi des déchets biologiques a ravivé un débat plus large : au-delà de la recherche scientifique, quel est le véritable coût - éthique, réputationnel et économique - pour Maurice ?

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