Par décision de la Haute Autorité de la Communication, le Gabon a décidé, le 17 février 2026, de la "suspension immédiate" des réseaux sociaux. Et jusqu'à l'heure où nous écrivons, la suspension n'est pas levée. Les raisons selon la HAC, c'est que "les plateformes numériques et les réseaux sociaux sont abusivement utilisés par certains activistes pour porter atteinte à l'honneur et à la réputation d'institutions, de citoyens gabonais et de personnalités publiques, en violation des lois en vigueur au Gabon".
Il est vrai que la décision survient dans un contexte particulier. Depuis le début de l'année, le pouvoir gabonais fait face à une grogne sociale qui, tel un cancer, métastase et gagne de nombreux secteurs d'activité. Est ainsi lourde de symboles et de conséquences cette grève d'enseignants qui paralyse le système éducatif et perdure.
Et, foi du président Brice Clotaire Oligui Nguema, les réseaux sociaux sont pour quelque chose dans cette capacité de nuisance des empêcheurs de gouverner en rond. Mais que l'on ne s'y trompe pas : le Gabon est loin d'être une exception en la matière. Sous les tropiques, les pays qui ont eu à tordre le cou, ne serait-ce que de façon ponctuelle, à Internet sont légion. Dans un livre, coédité par Felicia Anthonio, militante des droits numériques et spécialiste des coupures d'Internet, et Tony Roberts, chercheur sur le numérique, il est rappelé qu'entre 2016 et 2024, 193 coupures d'Internet ont été imposées dans 41 pays africains.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Toujours selon ces deux auteurs, cette forme de contrôle social est même une tendance croissante sur le continent. Et le constat est que ces suspensions interviennent aux moments d'élections ou de manifestations qui se veulent pacifiques. Ce fut le cas au Sénégal, au Nigeria, en Ethiopie, au Zimbabwe, en Ouganda et au Soudan, le dernier pays cité ayant connu 21 coupures d'Internet au cours de la dernière décennie.
Et il n'y a pas qu'en Afrique que cette censure est observée. Aux Etats-Unis, par exemple en raison d'une décision de la Cour suprême, TikTok a été interdit pendant quelques heures avant de réapparaître en amont de l'entrée en fonction de Donald Trump. Des restrictions qui auraient été instaurées en raison de craintes sur la sécurité des données.
Mais qu'on se le dise : dans ce village planétaire, plus que jamais connecté, n'est-ce pas se tirer une balle dans le pied que de bannir, même temporairement, Facebook, TikTok et autres réseaux sociaux ? Le remède ne s'avère-t-il, en définitive, pas pire que le mal, surtout que chacun utilise les réseaux sociaux selon que ça l'arrange ou pas?
Sans oublier que les censurés usent de ruses technologiques pour contourner l'interdiction. Il faut surtout reconnaître que pour ce qui est des réseaux sociaux, bien des personnes ont en fait une arme de survie, notamment dans le domaine professionnel. De nombreuses économies formelles ou informelles sont adossées à la Toile. Il estvrai que chez nous, il est difficile de quantifier le manque à gagner quand censure il y a. Si on pouvait en faire le point, on se rendrait compte du préjudice que cela produit.
