L'histoire entre le Sénégal et l'Olympique de Marseille continue de s'écrire.
En nommant au Sénégalais Habib Bèye entraîneur de l'équipe première, Mehdi bBenatia, le nouvel homme fort du sportif marseillais, confie le banc phocéen à un ancien capitaine respecté, devenu le premier Africain à diriger le club olympien. «Le choix d'Habib Beye comme nouvel entraîneur de l'OM s'inscrit pleinement dans notre volonté de recruter un technicien doté du leadership nécessaire pour prendre en main un groupe qui doit, bien évidemment, être remobilisé après une période sportive compliquée», a lancé le directeur du football pour justifier cette nomination.
Un symbole fort, dans une institution où l'histoire, l'émotion et la pression populaire s'entremêlent comme nulle part ailleurs. Dix-neuf ans après son départ pour Newcastle United, Bèye revient sur la Canebière avec une mission périlleuse : stabiliser un club en proie aux doutes, relancer une équipe irrégulière et répondre aux immenses attentes d'un public exigeant, parfois impatient.
Bèye, le capitaine devenu entraîneur
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Entre 2003 et 2007, Habib Bèye s'était imposé comme l'un des hommes forts du vestiaire marseillais. Défenseur combatif, leader naturel, il avait porté le brassard dans une période charnière, incarnant l'état d'esprit OM : engagement total, refus de la résignation, communion avec le Vélodrome. Sa nomination s'inscrit ainsi dans une logique identitaire, chère à un club souvent en quête de repères.
«La nomination d'Habib Beye, entraîneur de haut niveau au parcours exigeant et également un lien historique avec l'OM, nous recentre sur les défis qu'il nous reste à relever d'ici à la fin de la saison», a lancé le propriétaire américain Franck McCourt
Libre après son passage au Stade Rennais, Bèye arrive cette fois avec un costume bien plus lourd. Il ne s'agit plus de galvaniser ses partenaires sur le terrain, mais de guider tout un groupe depuis le banc, sous le regard permanent des supporters et des médias.
Dans l'ombre tutélaire de Pape Diouf
Impossible d'évoquer cette nomination sans convoquer la mémoire de Pape Diouf, figure majeure de l'histoire moderne de l'OM, décédé le 31 mars 2020. Premier président noir d'un club professionnel français, Diouf avait marqué les années 2000 par sa droiture, son autorité naturelle et son profond respect de l'institution marseillaise.
Sous sa présidence, l'OM retrouve une stabilité sportive rare : des podiums en Ligue 1, deux finales de Coupe de France, et des campagnes européennes régulières. Mais au-delà des résultats, Pape Diouf restera comme l'un des rares dirigeants à avoir quitté l'OM sans rompre le lien avec ses supporters, respecté jusqu'à son départ en 2009.
Habib Bèye, figure respectée en tant que joueur, pourra-t-il bénéficier de la même aura en tant que entraîneur ? Dans un Marseille souvent prompt à l'idolâtrie comme à la défiance, la réponse dépendra autant des résultats que de sa capacité à incarner l'âme du club. Il retiendra sans doute cette citation, précieusement transmise par son mentor : « Pape Diouf disait que, lorsque le feu brûle à Marseille, il faut parfois le laisser brûler : cela entretient l'émulation. Il y a de la tension, oui, mais cette équipe reste de très haut niveau. »
Marseille, un contexte à part
À l'OM, chaque entraîneur avance sur un fil. La passion populaire, l'instabilité institutionnelle et l'urgence du résultat rendent toute mission fragile. Aujourd'hui quatrième, engagé en Ligue des champions et toujours en lice en Coupe de France, le club nourrit de grandes ambitions, mais reste sous tension permanente. Bèye hérite donc d'un contexte complexe, où la victoire est exigée sans délai, et où le moindre faux pas est amplifié.
La marque sénégalaise à l'OM
Depuis deux décennies, plusieurs Sénégalais ont profondément marqué l'histoire du club. Mamadou Niang, meilleur buteur et capitaine, symbole de régularité et de loyauté. Souleymane Diawara, pilier de la défense et artisan du titre de 2010. Et bien sûr Habib Bèye, leader respecté, désormais appelé à prolonger cette empreinte depuis le banc.
Avec cette nomination, la saga sénégalaise à Marseille ne se contente plus de souvenirs glorieux : elle s'inscrit dans le présent et, peut-être, dans l'avenir. À l'image de Pape Diouf hier, Habib Bèye sait que, plus que les trophées, c'est la relation avec le peuple marseillais qui fera sa légitimité. À l'OM, on ne gagne jamais seul. On gagne avec Marseille ou pas du tout.