Nous vivons dans un monde où le désespoir, la négativité et la critique facile ont fini par faire de nous, trop souvent, des frustrés, quasiment incapables de construire une vie meilleure pour nous tous, ensemble. Le manque d'empathie dont nous souffrons collectivement nous empêche d'avancer dans le sens de notre intérêt commun. Il y a une crise de confiance si profonde que nous oublions aussi que se plaire à pointer du doigt autrui ne règle pas notre problème dans le fond.
Nous blâmons les institutions, les politiciens, les fonctionnaires, les riches, les pauvres, les voisins, les voisines, les uns, les autres, sans que notre situation ne change vraiment finalement.
Et lorsque ceux en qui nous avons placé notre confiance, nos leaders ici-bas, déçoivent ou avouent qu'ils ne sont ni magiciens ni faiseurs de miracles, nous ne pouvons imaginer le désespoir de ceux qui ont cru en eux, que tout serait possible. Entre désillusion et fatalisme, résignation et amertume, sinon cynisme et réjouissement de la part de ceux qui n'ont jamais été convaincus qu'un changement serait possible, nous voilà tout un peuple qui tombe dans le doute, voire l'indifférence totale.
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Pour nombreux, nous ne pouvons nous retenir de tout commenter, de râler, de dénigrer sans jamais être constructifs. «No, we cannot» aurait pu être notre slogan national, non parce que nous sommes de nature des impuissants, mais parce que nous avons perdu la foi en notre habileté d'agir pour le bien de tous.
Et qu'est-ce que le mois du Ramadan vient faire dans tout cela ? Tout est une question de confiance et le mois du Ramadan est bien celui d'une espérance qui inspire confiance. Si, grâce à sa bénédiction divine, les péchés sont effacés, la miséricorde descend du ciel et l'être humain est sauvé de l'Enfer pour accéder au Paradis, ne pouvonsnous pas attendre que notre sort icibas puisse s'améliorer, se transformer même, également par la faveur de ce mois béni ?
Cela ne signifie nullement que notre produit intérieur brut (PIB) augmentera, que notre roupie s'appréciera comme devise, que les accidents de la route diminueront, que les overdoses liées aux drogues synthétiques s'arrêteront ou encore que les prix dégringoleront d'eux-mêmes immédiatement parce que les gens prient, jeûnent et implorent Dieu pendant le Ramadan. Il y a ceux qui refusent de voir un lien entre le matériel et le spirituel, ce lien transcendantal qui anime la flamme créatrice qui est en nous.
Mais normalement, les gens, y compris parmi ceux qui sont des athées ou des agnostiques, savent que si nous croyons absolument que nous sommes incapables d'une chose, alors il est improbable que nous puissions jamais la faire. Cependant, si nous avons vraiment confiance en nous-mêmes, avec la foi en Dieu diront les croyants, alors nous ferons tout ce qui est nécessaire pour y arriver.
De là à penser que nous observons le mois du Ramadan seulement dans le but de réussir dans ce monde est une aberration. Le succès mondain n'a de sens que dans la compréhension, pour l'esprit, le cœur et la personne, que la fin est l'au-delà. Ici-bas n'est qu'une étape vers ce qui est infiniment meilleur et éternel. Il faut se servir de ce passage terrestre, avant sa mort, comme d'un moyen pour atteindre la félicité après, sans se perdre icibas et sans abandonner ce qui est bien et permissible dans cette vie.
Le mois du Ramadan nous donne une juste perspective de notre présence éphémère ici ; ce qui nous fera nous engager davantage, résolument, à faire le bien à la lumière de notre foi. D'où la confiance qui retrouve sa place dans l'intimité de chaque individu qui croit. Il sait qu'il doit agir avec l'intention pure, l'intelligence que Dieu lui a donnée, en solidarité avec les autres, et faire réellement de son mieux avec eux ou en dépit d'eux.
Sa responsabilité est de faire les efforts qui lui sont possibles, car Dieu n'impose pas à quelqu'un un fardeau qu'il ne peut porter. Le résultat de ses actes ne lui appartient pas. Certes, il récolte ce qu'il sème, car ainsi sont les lois de la nature, mais rien n'arrive sans la permission divine. S'il réussit, félicitations pour lui et louanges uniquement à Dieu. S'il ne voit pas aussitôt le fruit de ses efforts, c'est une épreuve et il doit faire montre de persévérance tout en étant patient. Ne jamais s'indigner, se décourager, ni désespérer.
Espérer
Voulons-nous des preuves de pourquoi, avec le mois du Ramadan, il faut espérer lorsque nous avons la foi ? Tout commence une nuit dans ce mois béni et descend du ciel un Livre qui est guidance pour l'humanité entière, contenant des évidences claires et un discernement. Meilleur que 1 000 mois. Nous refusons toujours d'y voir une preuve de l'espoir que nous devons porter ?
Alors, considérons un seul fait historique : un homme, pendant ce mois, dans une cave, reçut un ordre : «Iqra...», et environ 14 siècles après, des centaines de millions d'hommes partout prennent son nom, Mohammad, bénédiction et paix sur lui. Il ne s'agit pas seulement d'une simple statistique, mais de la confiance qu'inspire la foi en son exemple aux quatre coins de la planète. Celui qui le prend comme modèle n'a pas droit au désespoir. Si seulement nous réalisions la chance que nous avons !
Qu'importe que le PIB descende ou monte, sinon que le coût de la vie soit abordable ou non, quoi qu'il arrive, la foi du croyant ne repose pas sur la capacité des hommes, qu'ils soient les plus puissants ou les plus riches de la terre. Les affaires de ce monde ne sont que des moyens, que nous devons gérer avec responsabilité car nous avons des comptes à rendre, et la finalité est le plaisir de Dieu.
Il n'est pas rationnel de s'attendre à des miracles, ni encore possible de croire en une quelconque magie et croire en Dieu en même temps. L'être de foi est conscient qu'il est guidé par des principes, qu'il a le devoir de faire le bien et qu'il doit s'y tenir car sa destination finale est proche.
Le mois du Ramadan est ce rappel que sa confiance, il la place en Dieu uniquement, dans l'absolu. Il vit, à travers l'exigence du jeûne, la reconnaissance que des limites sont indispensables. Et cela pour aucune autre raison que Dieu, son Créateur, veut pour lui la facilité et non la difficulté. Il expérimente dans le Ramadan une proximité avec le divin qui l'aide à établir un équilibre entre le mondain et le spirituel.
Mieux encore, à concilier les deux comme des éléments indissociables. Tel est le jeûne du corps qui s'accompagne de celui de l'âme. Somme toute, y a-t-il de plus grand objectif que nous puissions chercher que la conscience pieuse et révérencielle du divin lorsque nous sommes en manque de confiance ? Tel est le but du jeûne du Ramadan, un entraînement intensif afin de cheminer durant ce mois et le reste de l'année en toute confiance, quelle que soit la nature de l'épreuve qui nous attend.