Le rapport Foresight Africa 2026 intitulé Top priorities and recommendations for Africa souligne un défi majeur pour l’Afrique : chaque année, 12 millions de jeunes rejoignent le marché du travail, alors que seuls 3 millions d’emplois formels sont créés, creusant ainsi un important déficit structurel qui pourrait accroître précarité et vulnérabilité sociale sans politiques adaptées.
Selon Pierre Nguimkeu, Directeur de l’Africa Growth Initiative et Senior Fellow en économie mondiale et développement, l’Afrique s’apprête à connaître la plus forte croissance de sa population active au monde. La Banque mondiale prévoit près de 740 millions de personnes supplémentaires en âge de travailler d’ici 2050, avec environ 12 millions de jeunes entrant sur le marché du travail chaque année, contre seulement 3 millions de nouveaux emplois formels.
Le défi n’est donc pas uniquement celui du chômage. Il porte aussi sur l’échelle la productivité et la transformation structurelle des économies. Cette dynamique démographique représente un risque si les emplois ne suivent pas, mais aussi une opportunité unique, c’est-à-dire qu’aucune autre région ne disposera d’un tel réservoir de talents, d’énergie entrepreneuriale et de demande intérieure.
Miser sur les compétences
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Pierre Nguimkeu souligne que la jeunesse africaine constitue l’un des principaux atouts du continent. Encore faut-il mieux aligner formation, besoins des entreprises et réalités du marché. Les priorités incluent le renforcement des compétences de base, le développement de la maîtrise numérique, l’essor de formations professionnelles modulaires et l’amélioration de l’inclusion, notamment par un meilleur accès aux services de garde, aux transports sûrs et à la protection sociale.
L’objectif est double : augmenter le nombre d’emplois et améliorer leur qualité. Des emplois productifs, stables et correctement rémunérés sont essentiels pour enclencher une transformation économique durable.
Un marché continental à concrétiser
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre un levier important. Avec 55 pays membres, plus de 1,3 milliard d’habitants et un PIB combiné dépassant 3 400 milliards de dollars, le potentiel est considérable. Un marché intégré permettrait aux entreprises de croître, de gagner en productivité et d’offrir des emplois plus stables.
Toutefois, la mise en œuvre reste incomplète. Pour maximiser l’impact sur l’emploi, des réformes logistiques et douanières, la reconnaissance mutuelle des compétences et l’amélioration des infrastructures énergétiques et numériques apparaissent déterminantes. Une approche fondée sur des corridors économiques et des pôles industriels intégrés pourrait accélérer la dynamique.
Soutenir les entreprises locales
Le secteur privé génère environ 90 % des emplois en Afrique, mais la majorité se situe dans l’économie informelle, qui représente près de 85 % de la population active. L’enjeu est donc d’améliorer la productivité et les conditions de travail, plutôt que de viser uniquement la formalisation administrative.
Des outils numériques, notamment l’identification digitale, les paiements électroniques, la facturation en ligne, peuvent faciliter l’accès au financement. Parallèlement, des dispositifs d’accompagnement en gestion, comptabilité ou qualité peuvent aider les micro-entreprises à évoluer vers des activités plus stables et créatrices d’emplois.
Face à cela, il est important de souligner qu’au-delà des chiffres, le débat porte sur la nature de la croissance à venir. Pour transformer son dynamisme démographique en dividende économique, l’Afrique devra créer non seulement plus d’emplois, mais surtout des emplois plus productifs et plus stables.