Ile Maurice: Farrouck Oodally - 78 ans d'histoire au rythme des journaux à Rose-Hill

19 Février 2026

Entre Farrouck Oodally et les journaux, c'est bien plus qu'une simple histoire de commerce. C'est une fidélité tissée au fil des décennies, une relation presque affective avec le papier, l'encre et les lecteurs.

Depuis l'âge de 13 ans, il vend des journaux aux côtés de son père, Abdool Oodally, sous l'enseigne Tabagie Populaire sur la route Royale à Rose-Hill. Aujourd'hui, 78 ans après l'ouverture du kiosque, il est toujours là, fidèle au poste, sourire aux lèvres et bonne humeur en bandoulière. Rencontre avec une figure emblématique de la ville.

À Rose-Hill, tout le monde connaît Farrouck Oodally. Son kiosque fait partie du paysage, presque du patrimoine affectif des habitants. Avec fierté, il retrace son parcours, indissociable de celui de la tabagie.

«J'ai le même âge que la boutique», lance-t-il avec un clin d'oeil. L'aventure commence véritablement en 1964, un an après la création de l'express. «Entre l'express et ma famille, c'est une longue histoire. Le journal existe depuis 1963, et c'est l'année suivante que mon père et moi avons pris la relève à la Tabagie Populaire.»

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Un lieu de rencontre où se croisent générations et actualités

À l'époque, la transaction pour acquérir le kiosque s'élève à Rs 500 - une somme considérable. Mais pour la famille Oodally, composée de sept garçons et de cinq filles, l'enjeu dépasse largement l'aspect financier.

Ce lieu deviendra un point de rencontre, un espace d'échange et de vie. Très proche de son père, Farrouck apprend vite les rouages du métier. Il observe, écoute, conseille parfois.

Quand le football faisait vendre mille exemplaires

Il se souvient notamment des longues discussions entre son père et le Dr Philippe Forget, alors directeur de l'express. «Mon père lui disait que si la politique intéressait les Mauriciens, le football local pouvait encore plus booster les ventes.» Les échanges pouvaient se prolonger jusqu'à 23 heures. Et ils ne furent pas vains. Quelque temps plus tard, des équipes comme la Fire Brigade ou les Hindu Cadets faisaient la une du journal. Les ventes décollaient.

À son apogée, le kiosque écoulait jusqu'à 1 000 exemplaires par jour, surtout lorsque l'actualité était dominée par le football. Aujourd'hui, le contexte a changé. Les réseaux sociaux ont bouleversé les habitudes. «Les ventes ont baissé, c'est vrai. Mais nous avons encore des clients fidèles. Ce sont surtout des personnes d'un certain âge. Elles viennent chercher leur journal et en profitent pour bavarder un peu.» Le kiosque reste un lieu de lien social. «Les jeunes, eux, lisent surtout sur les supports numériques.»

Les pionniers de la Tabagie Populaire, à l'origine d'une aventure familiale et commerciale qui perdure depuis 78 ans

Pour autant, Farrouck Oodally ne baisse pas les bras. Fort de son expérience, il avance des pistes pour redonner envie d'acheter le journal papier. «Il faut faire rêver les lecteurs. Beaucoup aiment suivre les stars de Hollywood ou de Bollywood. Pourquoi ne pas leur donner plus régulièrement de leurs nouvelles ?» Il suggère aussi de miser davantage sur le football, avec des posters ou des contenus exclusifs que l'on ne trouve pas en ligne. «Il faut donner une raison d'acheter le journal.»

À 78 ans, l'homme reste animé par la même passion. Il attribue sa longévité à ses proches, notamment aux aînés dont il s'est occupé. «Je me suis occupé de ma grand-mère, de mes oncles et tantes. Avec leur bénédiction, je peux espérer vivre encore longtemps.» Fier de ses enfants, qui ont réussi et occupent aujourd'hui des postes importants, Farrouck Oodally continue, jour après jour, à vendre bien plus que des journaux : il sublime des instants de lecture, de mémoire et de partage.

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