Sénégal: Teubi et Djibélor sortent de l'ombre

19 Février 2026

Pendant des décennies, les villages de Teubi et de Djibélor ont vécu dans l'oubli, marqués par la stigmatisation et le manque d'infrastructures essentielles. Aujourd'hui, l'État entend réparer une injustice historique et réintégrer pleinement ces anciennes zones d'exclusion dans la marche du Sénégal moderne.

Longtemps marginalisés en raison de leur statut d'anciens villages de reclassement social, Teubi, dans la commune de Niamone, et Djibélor, dans celle de Niaguis, amorcent un tournant décisif. Ce jeudi 19 février, la direction générale de l'Action sociale (Dgas) leur a consacré un Comité régional de développement (Crd) spécial à Ziguinchor, réunissant autorités administratives, services techniques et représentants des populations. Sur le terrain, les réalités restent marquées par des insuffisances, notamment en matière d'accès à l'eau, à l'électricité, aux infrastructures sanitaires et aux services de base. Une situation que les autorités disent désormais déterminées à corriger. Directeur général de l'Action sociale, Boucar Diouf a insisté sur la nécessité d'une réponse forte et inclusive.

« La mission effectuée à Djibélor et à Teubi nous a permis de constater des avancées, mais aussi des défis importants, notamment l'absence de poste de santé à Djibélor. Il est essentiel d'instaurer une gouvernance plus équitable afin que ces territoires bénéficient pleinement des politiques publiques », a-t-il déclaré. Aussi, il a tenu à rassurer les populations sur l'engagement de l'État. « Aucune communauté ne sera laissée en marge dans le cadre de la stratégie nationale Sénégal 2050. Teubi et Djibélor font partie intégrante du Sénégal. Les recommandations formulées doivent maintenant se traduire par des actions concrètes pour renforcer la dignité et les conditions de vie des habitants », a affirmé Boucar Diouf.

Des avancées et des défis

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Venu présider ce CRD spécial, l'adjoint au gouverneur de Ziguinchor, chargé du Développement, Alsény Bangoura a rappelé que cette dynamique s'inscrit dans une volonté de corriger les injustices du passé. « Depuis l'abrogation de la loi de 1976, l'État s'est engagé à mettre fin à la stigmatisation et à restaurer la dignité des populations de ces villages. Les initiatives engagées traduisent cette volonté de justice sociale.

Rien ne doit se faire sans l'implication des populations de Djibélor et Teubi. On ne peut rien décider dans ces villages sans l'aval du chef de village et du maire de la commune », a insisté l'administrateur civil. Dans les villages ex-villages de reclassement social, des actions ont déjà été engagées, selon le directeur régional de l'Action sociale, Seydou Nourou Thiam. « Entre 2022 et 2024, des blocs maraîchers ont été réalisés pour un montant de 12 millions de francs CFA. Des kits scolaires ont également été remis aux élèves afin de soutenir leur scolarité », a révélé M. Thiam.

À Djibélor, les populations saluent ces avancées, tout en attendant des changements concrets. Chef dudit village, Emmanuël Sambou a exprimé un espoir prudent. « Nous sommes satisfaits de voir nos préoccupations prises en compte. Notre plus grand souhait est que Djibélor soit reconnu comme un village à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes opportunités que les autres localités », a-t-il affirmé.

Cependant, les difficultés restent importantes. « L'accès au village demeure très difficile. Il arrive encore que des malades soient évacués par des moyens rudimentaires, ce qui est une situation inacceptable », a dénoncé M. Sambou, évoquant également les problèmes fonciers qui fragilisent l'avenir du village. Après des décennies d'exclusion, Teubi et Djibélor semblent désormais à l'aube d'une nouvelle étape. Entre reconnaissance institutionnelle et promesses de développement, les populations espèrent enfin tourner la page de la marginalisation et retrouver toute leur place dans la République.

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