Cameroun: Massacre de Ngarbuh - 3 soldats condamnés à 10 ans après le meurtre de 22 civils au Cameroun

20 Février 2026

Six ans. C'est le temps qu'il aura fallu aux familles des victimes du massacre de Ngarbuh pour entendre un verdict. Le 19 février 2026, trois militaires camerounais ont été condamnés à des peines allant de 5 à 10 ans de prison ferme. Vingt-deux civils avaient été tués. Zéro réparation n'a été accordée aux familles.

Le 14 février 2020 : une attaque militaire tue 22 civils dans le Nord-Ouest Cameroun

Le 14 février 2020, des soldats armés attaquent les villages Ngarbuh I et III dans la région du Nord-Ouest Cameroun, en pleine crise anglophone. En quelques heures, 22 civils sont tués : des femmes enceintes, des enfants, des personnes âgées. Des habitations sont incendiées et détruites.

Le Tribunal Militaire de Yaoundé a statué le 19 février 2026 sur quatre accusés. Haranga Gilbert et Tata Nfor Maxwell, alias Bullet, sont condamnés à 10 ans de prison ferme chacun. Baba Guida à 8 ans. Sanding Sanding Cyrille à 5 ans. Tata Nfor, jugé par défaut, demeure en fuite.

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La pression internationale, seul moteur d'une justice longtemps bloquée

Ce verdict intervient dans un contexte de pression internationale croissante. Depuis 2016, la crise anglophone au Cameroun a produit des centaines de violations documentées des droits humains. Les poursuites judiciaires sont restées quasi inexistantes pendant des années. Human Rights Watch, Amnesty International et des avocats locaux ont maintenu une pression constante sur les autorités.

La reconnaissance partielle des faits par le gouvernement camerounais, intervenue en 2020 sous contrainte internationale, a ouvert la voie au procès. Sans cette pression externe, le dossier aurait probablement été étouffé.

Des peines prononcées pour meurtre, incendie et violences sur femme enceinte

Les chefs de poursuite retenus sont précis : violation de consigne, coaction de meurtre, incendies, destructions, et pour Haranga Gilbert spécifiquement, violences sur femme enceinte. Le tribunal a rendu un jugement contradictoire pour trois accusés, et par défaut pour le quatrième.

Les avocats des victimes, Mes Menkem Sother et Massi Georgie, ont obtenu que leurs clients soient reçus en tant que parties civiles. Mais le tribunal a déclaré leurs demandes d'indemnisation des victimes « non justifiées ». Résultat : aucune réparation financière n'est accordée aux familles des 22 morts.

Les parties ont 10 jours à compter du prononcé pour faire appel, et 10 jours à compter de la signification pour faire opposition.

Un précédent judiciaire historique, mais une justice incomplète pour les familles

À court terme, ce verdict constitue un précédent judiciaire inédit dans le traitement des crimes de guerre présumés commis pendant la crise anglophone camerounaise. Il démontre qu'une condamnation de militaires au Cameroun est possible, même dans un contexte de conflit interne.

À long terme, la portée reste limitée. L'absence de réparation civile fragilise la légitimité du jugement aux yeux des familles et des organisations de droits humains. Le fait que Tata Nfor soit toujours en fuite illustre les limites de l'appareil judiciaire militaire. Et des dizaines d'autres affaires similaires restent sans suite.

La question d'une justice transitionnelle structurée avec vérité, réparation et garanties de non-répétition n'est pas posée par ce tribunal. Elle reste entière.

Ngarbuh restera-t-il un cas isolé ou le début d'une justice systématique au Cameroun ?

Le verdict du 19 février 2026 restera dans les archives comme le premier jugement condamnant des militaires camerounais pour des faits commis dans le cadre de la crise anglophone. C'est une avancée réelle, arrachée après six ans de combat judiciaire.

Mais 22 familles repartent sans un franc de réparation. Un condamné est en fuite. Et des centaines d'autres crimes documentés attendent toujours leur jour devant un tribunal.

La vraie question que pose le massacre de Ngarbuh n'est pas résolue par ce jugement : le Cameroun est-il prêt à construire une paix durable sur une justice à moitié rendue ?

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