Les dénonciations et revendications salariales continuent de secouer Princes Tuna Mauritius, la compagnie de poissonnerie de Riche-Terre. Après une manifestation pacifique organisée mercredi devant les locaux, la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP)entend désormais élargir la campagne au niveau international, visant à sensibiliser les instances étrangères sur la situation de l'entreprise, notamment en raison de ses affiliations à l'étranger.
Le président de la CTSP,Reeaz Chuttoo, affirme que l'objectif principal est de ne pas renouveler le contrat du Managing Director. «Nous allons écrire à la maison mère et porter ce cas à l'attention des organisations internationales. Nous allons également demander que le permis de résidence du directeur à Maurice ne soit pas renouvelé. Selon nous, il doit s'en aller», déclare-t-il, évoquant un comportement jugé arrogant envers les travailleurs et certaines institutions.
Mercredi, une discussion a eu lieu entre la CTSP et le directeur des ressources humaines. Les syndicalistes ont pointé plusieurs lacunes, notamment en matière de Health & Safety, ainsi que l'absence de renouvellement des uniformes depuis deux ans. Une échéance a été fixée jusqu'à vendredi pour que des solutions soient trouvées, sous peine d'un arrêt de travail selon la section 12 (3) de l'Occupational Safety and Health Administration (OSHA) 2005. La CTSP prévoit également d'envoyer des lettres formelles aux autorités compétentes pour alerter sur la situation.
Selon le syndicat, la manifestation a été suivie par seule une partie des employés, beaucoup ayant craint de se rapprocher du groupe en raison de la présence de managers observant et filmant les lieux depuis le balcon. «Les travailleurs ont ressenti une menace et n'ont pu se joindre à nous que pendant leurs pauses déjeuner», souligne Reeaz Chuttoo.
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Le même jour, le syndicat a rencontré le ministre du Travail, Reza Uteem, pour lui exposer la situation. Le ministre confirme être en possession de lettres de certains employés relatant leurs conditions de travail et le comportement de certains responsables, touchant tant les employés de base que le middle management. Certaines démissions forcées de salariés de longue date ont également été signalées. Une enquête sur ces allégations a été initiée par le ministère.
Face aux craintes de la CTSP concernant le recrutement de travailleurs étrangers au détriment des Mauriciens, le ministre a tenu à rassurer les employés. «La priorité est toujours donnée aux travailleurs mauriciens. Le recrutement d'étrangers n'est autorisé que si l'employeur ne parvient pas à recruter localement. Nous veillerons au respect des droits des employés de Princes Tuna et prendrons des mesures strictes si des cas de harcèlement ou d'abus sont avérés », précise-t-il.
Le ministre a rappelé que l'article 114 de la Workers Rights Actconsidère comme une infraction toute forme de violence au travail, incluant le harcèlement moral, les insultes ou le bullying. «C'est une offense grave, passible d'une amende de Rs100 000 et d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans», souligne-t-il.
De son côté, la CTSP met l'accent sur l'importance d'un suivi rigoureux et sur la transparence des mesures mises en place au sein de l'entreprise. Le syndicat souhaite que les employés puissent travailler dans un environnement sûr, respectueux et équitable, tout en veillant à ce que les obligations légales de l'employeur soient strictement respectées.
La situation chez Princes Tuna sera désormais suivie de près, tant au niveau national qu'international, les syndicats affirmant leur intention de ne pas laisser la question s'éteindre sans mesures concrètes. En attendant les conclusions de l'enquête officielle et les réponses de la direction, les employés et syndicats restent mobilisés, déterminés à obtenir des améliorations concrètes et durables pour le personnel de l'entreprise.