Oustaz, imam, prêcheur, apprenant, acteur social, ce sont autant de casquettes qu'a Abdou Khadre Signaté. Natif de Niary Tally, dans la capitale sénégalaise, le trentenaire s'est dévoué à l'islam, notamment à l'enseignement du Coran et des sciences religieuses, dès son plus jeune âge. Aujourd'hui, il fait partie de ces jeunes ambassadeurs qui font au quotidien raviver la foi en l'islam à des milliers d'enfants et d'adultes grâce à leurs enseignements, leurs prêches mais aussi aux actions sociales qui font le grand bonheur de la communauté.
Si le dévouement politique est, comme l'a soutenu Honoré de Balzac, récompensé par "la trahison ou par l'oubli" ; les efforts faits pour le plaisir d'Allah, même face aux épreuves, sont récompensés dans les deux mondes. Et cela, Abdou Khadre Signaté l'a très tôt compris. Issu d'une famille où l'islam et la sunnah sont les socles de vie, il sera initié très tôt à la lecture du Coran par son père, qui était maître coranique.
Né à Niary Tally en 1985, il sera dès l'âge de 7 ans inscrit à l'école française qu'il quittera après l'obtention de son Certificat de fin d'études élémentaire (Cfee) et de son Brevet de fin d'études moyennes (Bfem). Cependant, tout en suivant ces cours à l'école française, Oustaz Abdou Khadre n'a jamais cessé de s'intéresser à sa religion, au Coran. Au-delà des enseignements de son papa, il côtoie les imams et oustaz de la mosquée de son quartier à la quête de connaissance.
« Toute mon enfance, je l'ai passée ici à Niary Tally, notamment, au sein de cette mosquée. C'est récemment que j'ai déménagé à Keur Massar avec ma famille. Mais, tous les jours, je reviens ici pour faire mes activités », rapporte-t-il tout souriant.
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En réalité, loin des clichés qu'ont les Sénégalais des « ibadous », Oustaz Abdou Khadre est de commerce facile. Il est très populaire et respecté par les habitants de son quartier. Dans la rue, hommes et femmes le saluent religieusement. « Assalamou Aleykoum Oustaz ! », « Oustaz, comment vas-tu ? », sont des bouts de phrases qui sont lancés par les passants. Et, c'est d'un ton affable qu'il leur répond.
« Je tiens une école coranique où j'enseigne le Coran aux enfants du quartier. Je donne des cours dans la grande mosquée. Je donne aussi des cours à domicile. Alhamdoulillah. C'est après l'obtention de mon Bfem que je me suis engagé dans la cause islamique. Je suis retourné à l'école coranique pour renforcer mes connaissances religieuses et là toute ma vie c'est le coran et la religion », explique-t-il.
Son rêve de décrocher le Bac après la trentaine
En fait, pour mieux affiner ses connaissances, le jeune hafiz s'est inscrit à Daroul Hiqma, une école spécialisée dans l'enseignement religieux où il a été pendant 3 ans. Sorti avec une certification, il est allé à Al Falaq où il a décroché un Certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en arabe. « Et jusqu'à présent, je poursuis ma quête de connaissances. Je veux décrocher mon diplôme de Baccalauréat et j'ambitionne d'aller en Arabie saoudite pour des études supérieures », confie imam Signaté avec enthousiasme.
En réalité, cette allégresse se situe dans le fait qu'Abdou Khadre vit sa passion, son rêve. Car devenir enseignant faisait partie de ce qu'il a toujours plébiscité dès l'école primaire et il le transmettait souvent dans ses rédactions. Des souvenirs qui encore le rendent joyeux.
« Heureusement que Dieu a fait de moi un maître coranique. Ce qui constitue une fierté pour moi. Car, je le fais avec amour, passion et détermination. Apprendre ma religion et l'apprendre aux autres a toujours été mon rêve. C'est ma passion. C'est quelque chose que je vis au quotidien. Même quand je me distrais, j'essaie de donner des enseignements. C'est ancré en moi », avoue-t-il.
Une profession pas du tout lucrative
Toutefois, le jeune maître coranique reconnaît qu'il n'est pas évident d'enseigner les sciences religieuses dans un monde où les moeurs sont secouées. Mais, il relativise.
« Ce n'est pas évident de gérer un daara surtout de prendre soin des enfants dans un monde où tout est bouleversé. Parfois, c'est Le Tout Puissant qui nous facilite la mission, sinon il nous sera difficile de nous en sortir. C'est cette lumière divine qui forge notre détermination, notre passion et notre foi en ce que nous faisons au quotidien. Parce que c'est un secteur qui n'est pas trop lucratif », affirme-t-il d'un regard fixe.
Donc, pour lui, seule la foi peut les guider. « Tout ce que nous voulons, c'est faire connaître l'islam aux musulmans afin qu'ils comprennent pourquoi Dieu les a créés et c'est quoi leur mission sur terre. C'est cela notre sacerdoce », ajoute-t-il.
Au-delà des faits sociaux auxquels ils font face, Oustaz Abdou Khadre souligne qu'ils font face à certains stéréotypes, notamment cette croyance populaire qui stipule : « un jeune qui s'engage trop tôt dans la religion ne vivra pas longtemps ».
« J'ai commencé à pratiquer très tôt la religion et je me rendais à la mosquée tous les jours pour la prière. Un jour, un vieux m'a dit que j'étais trop jeune et que je devais attendre d'avoir 50 ans pour venir à la mosquée », se rappelle-t-il en souriant.
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Or, précise le prêcheur, ce que les gens ignorent au Sénégal, c'est que Dieu a plus besoin de l'être humain pendant qu'il est encore jeune pour l'adorer. Parce que c'est une période cruciale de sa vie. Il est à cheval pendant la puberté, entre deux voies. Celle qui mène vers la liberté, le plaisir mondain, dessinée par Satan, et celle de la droiture tracée par Son Créateur.
D'ailleurs, dans un hadith rapporté Boukhari et Mouslim, le Prophète Mouhamed (Psl) a dit : « Sept personnes seront abrités par Allah sous Son ombre le jour où il n'y aura pas d'autres ombres... » ; parmi ces sept, le hadith cite : « un jeune qui a grandi dans la pratique du culte voué à Allah».
« Il n'y a rien de plus plaisant que la religion musulmane. Quand on pratique correctement l'Islam selon les recommandations divines et la sunnah, on a une paix intérieure qui nous permet de mener une vie tranquille, calme, apaisée. Donc, que les jeunes, n'aient pas peur d'embrasser la religion, de la pratiquer au quotidien. Car, cela n'est que bénédiction, joie et paix pour nous et ne nous empêchera guère d'être épanoui dans la vie mondaine », lance Oustaz Abdou Khadre Signaté à l'endroit de la jeunesse sénégalaise qui selon lui, est malgré tout de plus en plus dévouée à l'islam, au Coran.