Sénégal: Sidy Diop (journaliste-billettiste - éditorialiste) - Billet contre biais

21 Février 2026

Ce n'est pas Sidy, c'est « si dit », même si c'est « vite dit ». Oyez, oyez, lecteurs : qui n'a jamais attendu ses muffins ?

Qui n'a jamais salivé comme le chien de Pavlov, seulement en subodorant ses textes ? Il existe, dans ce qu'il consigne, une douceur qui rappelle les mains balsamiques d'une mère sur la fontanelle de son nourrisson. Cette douceur réside dans la manière même de rendre ce qu'il pense. Jamais un mot de trop. Jamais une expression de travers. Même une diatribe, il l'aborde à fleurets mouchetés. Ayant gravi, sans tapage, tous les échelons de la presse sénégalaise, Sidy s'impose aujourd'hui comme ces monuments qu'on n'explique plus. On ne les commente pas. On s'arrête. Et on contemple.

Avant d'être une signature respectée, il a d'abord été un regard en formation. Avant d'écrire contre les biais, il a appris à composer avec eux : ceux de l'école, de la famille, des institutions. Son parcours, aussi loin d'être une ligne droite, est une traversée faite de lectures solitaires, d'orientations imposées et surtout de refus assumés.

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C'est dans ces détours-là que s'est forgée une certaine idée d'un journalisme exigeant, libre et profondément habité. « Il n'y a rien d'exceptionnel au départ », dit-il. Juste un parcours normal : le bac obtenu en 1989 au lycée Blaise Diagne, série A3. Un bac différé par l'année blanche de 1988, mais finalement décroché avec mention.

Très tôt, la philosophie s'impose. Il y excelle : dix-sept au baccalauréat, la meilleure note du centre. L'orientation est logique : la philosophie. Logique pour l'institution. Beaucoup moins pour la famille. Autour de lui, la philosophie inquiète. Elle effraie même. Elle charrie trop de préjugés.

Dans l'imaginaire familial, faire de la philosophie reviendrait à verser davantage dans la solitude. On aurait voulu le voir parler davantage, échanger, se mêler aux autres. Il faut renoncer et se battre pour être réorienté. Ce sera d'abord le droit, saturé à l'époque, puis l'histoire. Là, il suit un cursus sans accroc, de la première année à la maîtrise.

Après la maîtrise, une bourse s'offre à lui : il s'agit du Canada pour des études en communication. Le projet est là, mais la dévaluation survient et la bourse doit être doublée. Les délais sont trop courts. Le futur journaliste renonce. C'est à ce moment que se présente le concours du Cesti. Il tente et réussit.

Le journalisme correspond à son tempérament, à ses lectures et à sa manière d'être au monde. « Il n'a jamais été question de devenir enseignant, car je n'avais ni la patience ni l'envie », confie-t-il, bringuebalant mollement sur le fauteuil. Il entre au Cesti en 1995 pour en sortir en 1997.

« Je suis de la vingt-quatrième promotion. C'était une génération très brillante. Beaucoup deviendront des figures centrales des médias sénégalais », se rappelle-t-il.

« La formation était très exigeante pour quelqu'un qui est habitué à la liberté des facultés. Le corps professoral était à la fois solide et stimulant. C'était étouffant au début, mais avec la passion, on finit par s'acclimater », renseigne le conseiller éditorial du directeur général de la Sspp Le Soleil.

Pour les besoins de sa spécialisation, Sidy choisit la presse écrite, sans tergiverser, contre l'avis de certains encadreurs qui le voyaient à la télévision, où il excellait. Mais lui veut la profondeur, le temps long et la liberté d'analyse. La presse écrite lui offre cela. Il assume, même si son professeur de télévision ne lui adresse plus la parole pendant un an.

Gargantuesque...

Son mémoire porte sur les coopératives agricoles. C'est un travail dense de plus de quatre-vingts pages, nourri de lectures et d'expériences personnelles. Le passage au monde professionnel se fait donc naturellement. Avant même la sortie du Cesti, il travaille déjà au « Soleil ». Stagiaire devenu pigiste, puis journaliste.

« Sud » l'attire beaucoup, mais « Le Soleil » est pour lui la véritable école. Il se rappelle les doyens et les maîtres comme Abdallah Faye, Seydou Sissouma, Ibrahima Mansour Mboup, etc. Et au « Soleil », il croise aussi des figures décisives : des hommes de métier, des passeurs qui laisseront une empreinte durable sur sa trajectoire.

« Je n'ai jamais cherché la stabilité, j'ai cherché l'apprentissage », dit-il, et cette phrase résume à elle seule son destin. Visionnaire, exigeant, libre dans sa pensée comme dans sa pratique, il a traversé la presse sénégalaise en laissant des marques indélébiles. On ne parle pas seulement de son talent, mais de son instinct pour le journalisme, ce sens rare de la narration qui capte, informe et façonne.

C'est pourquoi, d'ailleurs, malgré les avancées, Sidy n'est jamais devenu ce journaliste has been qui refuse de se réinventer. Aussi faudrait-il constater que son itinéraire dans la presse n'obéit à aucune logique de carrière linéaire. Il se construit par déplacements successifs, par ruptures assumées et par cette conviction que le journalisme s'apprend sur le terrain.

« On travaillait pour prouver qu'on savait faire », confie-t-il, et cette insistance sur le concret marquera chacun de ses choix. Lorsque « Le Matin » se lance, il rejoint la rédaction. Une équipe dense, traversée par l'urgence et l'ambition. « C'était une vraie école », se souvient-il. Il y apprend la cadence, la force du collectif et surtout la confrontation des plumes.

Mais il ne s'y installe pas. « Je savais que je n'allais pas rester », dit-il simplement. Le confort l'inquiète plus qu'il ne le rassure. Il quitte donc « Le Matin » pour « Dakar Soir ». Un projet risqué, sans financement et sans filet. Trois mois sans salaire. « On travaillait sans savoir si le journal sortirait », raconte-t-il.

Là aussi, tout est inventé : la maquette, l'esthétique, la place de la photographie et tout le toutim. « Dakar Soir » devient rapidement une référence, inspirant toute la presse. Mais les désaccords internes interrompent l'aventure. Il part, imperturbable. Sidy traverse encore « Sud », revient brièvement au « Matin », puis entre au « Soleil » en 1998.

Présent partout, visible nulle part

Une maison solide où il apprend la durée et la mémoire institutionnelle. « J'y ai appris la patience », dit-il. Pourtant, l'appel du mouvement reste fort, car, en 1999, il quitte à nouveau pour le groupe « Com7 » et participe au lancement de « 7 Hebdo », avant d'être sollicité par Youssou Ndour pour des projets mêlant communication et production de contenus numériques.

« Il lisait mes textes », raconte-t-il. En 2001, il part à Paris pour « Jeune Afrique ». Là, l'exigence est féconde, car chaque matin, il faut un sujet et chaque texte est discuté, parfois refusé. « C'était dur, mais formateur », dit-il. Mais il choisit de revenir.

« Je ne voulais pas me construire loin d'ici », explique-t-il, préférant le terrain sénégalais à l'éclat de la presse parisienne. De retour à Dakar, il devient rédacteur en chef à « Nouvel Horizon ». Quatre années de transformation : maquette repensée, passage intégral à la couleur et repositionnement éditorial.

Il relance « Thiof Magazine », lui donne une nouvelle vie. « On sentait que le public suivait », confie-t-il. En 2005, il revient au « Soleil » pour lancer « Zenith », un projet ambitieux et libre, qui rassemble des signatures fortes et une rédaction inventive. Puis les difficultés financières interrompent l'expérience. « C'est la presse », dit-il avec simplicité.

Après « Zenith », il choisit de rester au « Soleil », devient rédacteur en chef central et se fixe. « À un moment, il faut se caser quelque part », explique-t-il. Ainsi, son itinéraire, aussi loin d'être une errance, reste une fidélité obstinée à une idée du journalisme qui s'inscrit dans la dynamique d'écrire juste, penser large et ne jamais cesser de se réinventer.

S'il y a aussi une chose qui lui est chevillée au coeur, c'est son humanité et son urbanité incommensurables. « Sidy est une école de la vie. La plume, on la connaît déjà. Avec lui, j'ai appris à être moins impulsif, à partager ce que j'ai de plus cher. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est sa faculté à tout positiver. Sur le plan managérial, c'est quelqu'un qui t'améliore sans te frustrer.

Il a le sens du mot juste. Il est mesuré en tout », témoigne Oumar Fédior, journaliste et collègue de Sidy au « Soleil ». Ce témoignage est celui que tous ses collègues ont au bout des lèvres, ainsi que les générations de journalistes qu'il continue de former au Cesti.

Chez Sidy Diop, les billets sont des clairières de langue, les moutons Ladoum une ferveur terrienne, Abdoul Aziz Sy Dabakh une boussole spirituelle. Et dans cet entrelacs de passions demeure surtout une gentillesse profonde, celle qui n'a pas besoin de bruit pour éclairer les autres.

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