Bénin: Etat de la démocratie au pays - Le NDI s'en alarme

La tentative de coup d'Etat n'a pas empêché la tenue de récentes élections législatives et communales, entièrement remportées par les partis de la coalition au pouvoir

Le 12 avril 2026, les Béninois seront convoqués aux urnes pour l'élection présidentielle. Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que ce scrutin majeur ne s'annonce pas sous de bons auspices contrairement à ce qu'on avait connu dans ce pays qualifié de « quartier latin » de l'Afrique, jadis réputé pour l'alternance au sommet de l'Etat et précurseur des conférences nationales souveraines sur le continent.

En effet, aux termes d'une mission pré-électorale, le NDI (National Democratic Institue), conduit par les anciens chefs d'Etats du Cap-Vert, Jorge Carlos Fonseca, et de la Centrafrique, Cathérine Samba-Panza, le diagnostic sur l'état de la démocratie dans ce pays est pour le moins alarmant. Après deux semaines de rencontre avec les autorités, les deux candidats à la prochaine présidentielle, la société civile et les médias, la délégation mandatée par l'ong américaine a rendu public le bilan de ses consultations sur le fonctionnement de la vie politique dans la patrie de Mathieu Kérékou.

Et les conclusions sont tombées comme un coup de massue sur le président actuel, Patrice Talon, dont les multiples réformes ont suscité et continuent toujours de susciter la polémique, aussi bien au sein de l'opposition que de la société civile. « Nous avons senti une peur sur la ville, une société civile qui n'ose plus entreprendre des actions civiques, des partis politiques plus ou moins muselés, nous avons relevé un certain nombre de dérives, nous ne pouvons pas nous taire là-dessus. Mais il ne suffit pas de les relever, que faire ? », s'en est alarmée Cathérine Samba Panza.

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En effet, pour ne prendre que ces quelques exemples, au terme des législatives de janvier dernier, l'Assemblée législative est, pour la première fois, monocolore car seuls les deux partis de la majorité présidentielle y sont représentés. L'Union progressiste le Renouveau rafle 60 sièges et son clone, le Bloc Républicain, 49. Curieusement le parti des Démocrates de l'opposant Yayi Boni, arrivé 3ème avec 7,96% des votes, n'a obtenu aucun siège. En cause, le relèvement du seuil électoral à 20%. Même situation pour les municipales, tenues le même jour que les législatives, où ce sont encore les mêmes deux partis qui raflent la mise.

Des résultats qui préfigurent sans nul doute l'issue de la présidentielle d'avril prochain. Sur la ligne de départ de la course vers le palais de la Marina, il y a, bien sûr, le candidat de la majorité présidentielle, Romuald Wadagni, dauphin de Patrice Talon qui ne se présente pas pour avoir rempli ses deux mandats, et l'opposant modéré des Forces Cauris pour un Bénin émergeant, PaulHounkpè.

Autant dire une course sans obstacle pour le protégé de Talon dans la mesure où l'opposition radicale incarnée par les Démocrates a été exclu du scrutin par le Conseil constitutionnel pour défaut de quorum au niveau des parrainages. Mais pour le duo des anciens chefs d'Etat qui ont couru au chevet de la gouvernance au Bénin, la démocratie est en mort cérébrale. Ils ont alors délivré une ordonnance parsemée de recommandations pour la sauver.

Seulement, avec le tableau dépeint, on ne reconnait plus ce pays qui avait fait la fierté de l'Afrique, lui qui était considéré comme un phare de la gouvernance. Depuis le retour de Kérékou jusqu'à Yayi Boni en passant par Nicéphore Soglo, il y a eu des alternances alternatives qui ont été applaudies. Mais sous l'actuel président, les lumières de ce phare ont commencé à devenir blafardes, surtout avec l'emprisonnement d'opposants politiques à l'image de Reckya Madougou, musellement des médias, réformes constitutionnelles rétrogrades... et nous en passons.

Certes, sur le plan économique, le président Talon s'en sort avec un bilan pour le moins acceptable, mais cela ne saurait être une excuse pour ce recul politique que nous observons depuis sa prise de pouvoir.

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