Afrique: Notre pays en tête du peloton africain

22 Février 2026

En finalisant son projet de décret sur le fonctionnement du marché carbone, le Sénégal se positionne parmi les pays les plus avancés du continent. Une dynamique qui le distingue dans une sous-région encore en phase d'exploration.

Alors que plusieurs pays africains peinent encore à structurer leur cadre réglementaire en matière de finance carbone, le Sénégal affiche une longueur d'avance. L'atelier national de consultation organisé, jeudi 19 février, par la direction du changement climatique, de la transition écologique et des financements verts a mis en lumière un processus déjà bien balisé. Directeur du cabinet African Resilience, Ousmane Fall Sarr n'a pas hésité à situer le pays dans le paysage continental. « À part le Ghana et, dans une certaine mesure, la Côte d'Ivoire, peu de pays ont avancé à ce niveau. Certains se sont d'ailleurs inspirés de l'expérience sénégalaise », a-t-il affirmé.

Depuis l'adoption de l'Accord de Paris en 2015, les règles d'application de l'article 6 (pilier des mécanismes de coopération carbone) ont nécessité près d'une décennie de négociations internationales. « Cela montre que le marché carbone est un mécanisme complexe qui exige expertise et parfaite maîtrise des procédures », a rappelé l'expert.

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Dans ce contexte, le Sénégal a enclenché, dès 2022, l'élaboration d'une stratégie nationale, suivie d'un manuel des procédures des marchés carbone. « Nous sommes aujourd'hui pratiquement au stade final du parachèvement du cadre réglementaire avec cette proposition de décret », a indiqué Ousmane Fall Sarr.

Cette anticipation a déjà permis au pays de signer des accords bilatéraux avec la Suisse, la Norvège et le Singapour, quand d'autres États en sont encore à la phase de réflexion. « Le marché existe déjà. Mais pour en tirer pleinement profit, il faut un cadre réglementaire clair et compréhensible par tous », a-t-il insisté.

Sur le plan juridique, le projet de décret présenté se veut structurant. Le juriste Bouna Manel Fall a détaillé un texte organisé autour de quatre chapitres et d'une quarantaine d'articles. « Il s'agit d'un véritable cadre pour l'action climatique et le développement durable », a-t-il expliqué.

Le décret traite globalement des enjeux climatiques, des objectifs et du champ d'application, couvrant « l'ensemble des activités, secteurs ou sources génératrices de résultats d'atténuation susceptibles de faire l'objet de transactions carbone ». Des notions techniques comme les ajustements correspondants, les accords d'achat de résultats d'atténuation ou la comptabilité carbone y sont juridiquement encadrées. « Il était nécessaire de donner à ces concepts une force juridique précise », a souligné Bouna Manel Fall.

Comparativement à plusieurs pays d'Afrique centrale ou sahélienne où l'architecture institutionnelle reste floue, le Sénégal précise les rôles. La gouvernance repose sur la direction du changement climatique, sous l'autorité du ministère de l'Environnement, avec un mécanisme de validation des accords par le ministre après avis du comité de pilotage.

L'autre atout concerne la mise en place d'un registre national carbone. « Il enregistrera les opérations, conservera les données et sera administré selon des procédures strictes afin d'éviter toute incohérence », a détaillé Bouna Manel Fall. Au-delà du texte, c'est l'approche qui distingue le Sénégal. Ousmane Fall Sarr a salué « une démarche participative et inclusive », associant État, secteur privé, collectivités et société civile.

En consolidant son arsenal juridique avant même l'entrée massive des flux carbone sur le continent, le Sénégal cherche ainsi à sécuriser les investissements, à préserver sa souveraineté et à renforcer sa crédibilité internationale. Dans une Afrique où la finance carbone devient un nouvel espace de compétition stratégique, Dakar entend clairement ne pas rester dans le peloton, mais ouvrir la voie.

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