Le préfet de Rufisque, Maguette Diouck, revient dans cet entretien sur le dernier Conseil des ministres abordant l'évaluation et le renforcement de l'action territoriale. Entre défis logistiques, renforcement de la dynamique de la décentralisation et les perspectives visant à consolider la gouvernance de proximité, l'autorité préfectorale fait le tour de la question sur les mutations en cours.
Lors du Conseil des ministres, du mercredi 18 février 2026, le président de la République a insisté sur la subsidiarité et la gouvernance de proximité. Quelle lecture en faites-vous ?
C'est une question cruciale de la gouvernance. Le Sénégal est un État unitaire. La déconcentration suppose une administration de proximité, avec l'érection de circonscriptions administratives, pour prendre en charge les préoccupations des populations. Qu'il s'agisse du gouverneur à l'échelle régionale, du préfet au niveau départemental, du sous-préfet en arrondissement, ou même du chef de village, chaque échelon doit être apte à faire appliquer les lois et règlements. Cette volonté de déconcentration approfondie vise à faire de la territorialisation des politiques publiques une réalité manifeste, en rapprochant le pouvoir de décision de l'échelon le plus proche des citoyens.
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Dans la pratique, est-ce qu'il y a toujours des difficultés ?
Malheureusement, l'évaluation de notre système montre que des difficultés subsistent. La proximité voulue, par endroits, du point de vue de la cohérence territoriale, n'est pas observée. Ensuite, le problème fondamental réside dans la structuration de nos services déconcentrés : ils sont souvent dépourvus de moyens humains, financiers, matériels et logistiques. Les gouverneurs ont d'ailleurs effectué une analyse fine de la situation pour déceler ces lacunes et proposer des pistes de solution. Le renforcement de la déconcentration à travers l'application du principe de subsidiarité et de la gouvernance de proximité est donc une urgence pour que la territorialisation des politiques publiques soit enfin efficace et évaluée à sa juste valeur.
Comment s'intègre la participation citoyenne dans ce cadre institutionnel ?
La participation des citoyens est une exigence fondamentale de notre démocratie. La décentralisation offre également le cadre institutionnel nécessaire pour que les populations s'impliquent dans la gestion des affaires publiques. Nous prônons une gouvernance participative et inclusive, où chaque citoyen peut apporter sa contribution dans le respect des lois. C'est cette approche qui permettra au Sénégal de rayonner.
Le département de Rufisque est le fief de sujets brûlants tels que les litiges fonciers, l'érosion côtière, notamment à Bargny, entre autres. Quelle est votre méthode pour gérer ces doléances ?
Nous avions, de prime abord, indiqué notre approche et notre offre d'administration acceptées par les populations. Celle-ci repose sur une ouverture d'esprit totale pour recueillir l'ensemble des doléances, qu'il s'agisse de conflits fonciers, sociaux ou d'érosion côtière, en essayant d'apporter des solutions avec nos structures.
Malgré des limites matérielles objectives, notre détermination reste entière. L'ambition est de régler les problèmes, quels que soient les moyens mis à notre disposition. Nous privilégions la concertation approfondie, pour trouver des solutions (des litiges fonciers), tout en bénéficiant de l'appui de notre hiérarchie, notamment du ministère de l'Intérieur.
L'État a évoqué le programme spécial de construction de bâtiments et d'édifices publics destinés à l'administration territoriale. En quoi est-ce une priorité pour vous ?
L'administration doit préserver son image et le prestige qu'elle incarne pour inspirer confiance aux populations. Quand une autorité est mal logée, sa considération auprès des administrés peut en pâtir. C'est vrai que nous sommes dans un pays avec des ressources limitées, mais on doit pouvoir avoir le minimum.
Il ne s'agit pas seulement de construire des préfectures, mais de renforcer tout l'écosystème : avoir des véhicules, des services de l'urbanisme forts pour l'aménagement et des services de sécurité solides pour prévenir les risques de conflit. L'État a déjà entamé des travaux de réhabilitation pour que l'autorité puisse refléter cette confiance nécessaire au portage des doléances.
Quel est votre sentiment après les dernières orientations présidentielles ?
Nous avons un réel espoir. Le président de la République Bassirou Diomaye Faye a dégagé des pistes claires, pour une réforme approfondie de la déconcentration. En donnant les moyens aux services et structures qui nous accompagnent, l'action territoriale pourra enfin jouer pleinement son rôle de moteur du développement.